Qu'est-ce qu'une politique monétaire ?

La politique monétaire est un des principaux instruments de la politique économique. Elle est placée sous la responsabilité des banques centrales (comme la Banque centrale européenne).

Par La Rédaction

Définition et objectifs de la politique monétaire

Le rôle de la politique monétaire est de veiller à la stabilité monétaire et financière. Ce qui consiste à fournir les liquidités nécessaires à la croissance de l’économie tout en garantissant la stabilité de la monnaie. L’augmentation de la quantité de monnaie disponible dans l’économie ne doit être ni trop faible (le risque est de limiter l’activité économique, si les moyens de paiement en circulation sont insuffisants), ni trop rapide par rapport à la croissance de la production (le risque est de provoquer une hausse des prix, inflation, si le pouvoir d’achat à la disposition des agents est supérieur à l’offre de biens et services disponibles). 

Au sein de la zone euro, l’objectif principal assigné à la politique monétaire est la stabilité des prix qui correspond à une cible d’inflation à moyen terme de 2%. L’Euro système, qui est constitué de la Banque centrale européenne (BCE) et des banques centrales des 19 pays membres de la zone euro (dont la France)  est chargé de piloter la politique monétaire de la zone euro.
 

Principaux instruments de la politique monétaire

Afin de maintenir l’inflation à un niveau bas et stable de façon durable, les banques centrales disposent de plusieurs instruments.

Le principal instrument de la politique monétaire est le pilotage des taux d’intérêt directeurs et des taux d’intérêt du marché monétaire (marché interbancaire). Rappelons que le taux d’intérêt représente le "loyer" (le prix) de l’argent prêté. Il est payé par l’emprunteur.

  • Les taux directeurs correspondent aux taux d’intérêt que la banque centrale applique aux banques commerciales auxquelles elle accorde des prêts (cette opération correspond au refinancement des banques par la banque centrale). La banque centrale a ainsi la possibilité de faire varier le coût de la monnaie en fonction de la conjoncture économique. Les taux directeurs déterminent le niveau des autres taux bancaires, notamment ceux auxquels les banques commerciales accordent des crédits aux agents économiques (ménages, entreprises, etc.). On parle de "taux directeurs" car ils influent indirectement sur tous les autres taux d’intérêt. La demande de crédit va ainsi augmenter ou ralentir en fonction des taux directeurs. La banque centrale peut déterminer grâce à cet instrument le niveau de la création monétaire, c’est-à-dire la monnaie en circulation dans l’économie, créée via les crédits accordés par les banques commerciales. 
  • Le marché interbancaire permet aux banques de se prêter chaque jour des liquidités à court terme. Sur  ce marché, le niveau des taux est déterminé par le jeu de l’offre et de la demande de monnaie. Comme la banque centrale est un acteur très important sur le marché monétaire son action permet d’orienter les taux. 


À travers le circuit du financement de l’économie, la politique monétaire exerce une action sur l’évolution des prix et de l’activité économique (en influençant les décisions de consommation ou d’investissement).

Parmi les autres instruments de la politique monétaire on peut citer :

  • Les facilités de prêt ou de dépôt qui permettent aux banques commerciales d’emprunter ou de déposer des liquidités auprès de la banque centrale (pour une durée d’un jour à une semaine).
  • Le système des réserves obligatoires qui sont des dépôts rémunérés que les banques doivent effectuer auprès de la banque centrale. Elles correspondent à une part du total  des dépôts réalisés par les clients auprès de ces banques. Le montant des réserves obligatoires calculé en moyenne sur une période de quelques semaines permet de stabiliser le taux du marché monétaire et constitue une contrainte sur les liquidités des banques et augmente leur besoin d’emprunt.

La crise financière de 2008 a conduit les banques centrales à mettre en œuvre de nouvelles mesures dites "non conventionnelles" (afin de les différencier des mesures de la politique monétaire conventionnelle évoquées précédemment). L’objectif était d’adopter des moyens inédits pour améliorer le financement de l’économie, de lutter contre le risque de déflation (baisse des prix) et le ralentissement de la croissance. Ces mesures sont de différentes natures en fonction de l’objectif poursuivi et du mode de financement de l’économie (via les marchés financiers ou par l’intermédiaire du système bancaire).

On peut citer notamment :

  • l’introduction de taux d’intérêts négatifs afin de faire payer aux banques commerciales leurs dépôts à vue à la BCE pour les inciter plutôt à prêter ces fonds ;
  • la mise en œuvre d’une stratégie de communication transparente dite de "guidage prospectif" qui consiste à annoncer à l’avance les orientations de la banque centrale comme les indications sur la trajectoire future des taux d’intérêt directeurs. Alors qu’autrefois les banques centrales préféraient que leurs décisions soient imprévisibles, cette nouvelle approche offre aux agents économiques une meilleure visibilité sur l’évolution de la politique monétaire (l’environnement monétaire est plus stable ce qui facilite de futurs projets d’emprunt) ;
  • l’adoption d’une politique de taux directeurs très accommodante afin d’encourager la demande de liquidités par les banques commerciales  avec l’octroi notamment de prêts à plus long terme ;
  • le lancement de programmes "d’assouplissement quantitatif" qui consiste dans le cas de la BCE à intervenir directement sur le marché secondaire (distinct du marché primaire où sont émis la première fois les titres et sur lequel la BCE ne peut pas intervenir) en achetant massivement des titres financiers aux banques (comme le rachat d’obligations émises par les États de la zone euro) afin de leur fournir davantage de liquidités et faire baisser les taux d’intérêt dans le but de stimuler le crédit. Une autre conséquence indirecte possible de la baisse des taux d’intérêt est un effet sur le taux de change à travers une baisse de la valeur de la monnaie qui peut favoriser les exportations.