Qu'en est-il de la gouvernance économique au sein de l'UE ?

L’UEM souffre d’une faiblesse congénitale : à l’unicité du pôle monétaire s’oppose la pluralité du pôle économique. Certes, le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) adopté en 1997 et la création de l’Eurogroupe la même année ont tenté de doter la zone euro d’une sorte de gouvernance économique et d’une convergence renforcée.

Cependant, l’Eurogroupe n’est qu’une réunion informelle des ministres des Finances de la zone euro, sans institutionnalisation jusqu'au traité de Lisbonne. Il permet simplement d’améliorer la coordination des politiques économiques mais pas d’adopter une politique économique commune, encore moins unique. Malgré l’élection d’un président stable depuis 2005 (Jean-Claude Junker jusqu'en janvier 2013, auquel a succédé Jeroen Dijsselbloem), cette instance n’est pas parvenue à incarner un véritable pouvoir politique face à la BCE.

Par ailleurs, le PSC, qui avait pour objectif de maintenir les règles de Maastricht en termes de finances publiques une fois l’UEM entrée en vigueur, s’est révélé inefficace et a maintes fois été violé par les États.

Enfin, la zone euro n’est pas dotée de ce dont disposent toutes les zones monétaires : un budget. Aux États-Unis, par exemple, l’hétérogénéité économique des États fédérés est compensée par l’existence d’un gouvernement qui fait face à la FED (banque centrale américaine) et d’un budget fédéral redistributif. Ceci n’est absolument pas le cas de l’UE ni de la zone euro.

Ainsi, aujourd'hui la zone euro est dotée d’une monnaie et d’une politique monétaire pour dix-neuf politiques économiques, dix-neuf gouvernements et dix-neufs budgets, ce qui la fragilise, indépendamment du contexte de crise. D’ailleurs, le débat sur la nécessité d’installer un gouvernement économique occupe depuis plus de dix ans les cercles politiques et économiques en Europe. À la suite de la crise de l’euro qui sévit depuis 2010, le Président français Emmanuel Macron a formulé des propositions afin de renforcer la gouvernance de la zone en créant un budget spécifique de la zone euro, un parlement propre et un ministre de l’Économie et des Finances de l’euro. Mais nombre de ses partenaires européens, notamment les pays du Nord, s’y opposent. Les discussions sont donc en cours mais risquent de se révéler difficiles et les résultats sans doute insuffisants.