Corée du Nord : une crise nucléaire à épisodes

La crise nucléaire nord-coréenne est au centre des tensions en Asie. Depuis son arrivée au pouvoir, Kim Jong-un souffle le chaud et le froid, entre menaces et ouverture du dialogue. Les récents sommets avec Donald Trump ne garantissent en rien que la crise soit terminée.

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Une crise perdure dans la péninsule coréenne depuis la fin des années 1940. Elle s’est considérablement renforcée ces dernières années du fait du développement qualitatif et quantitatif des capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord. Cet arsenal menace directement les États voisins, au premier chef le Japon et la Corée du Sud, et, plus largement, toute la sécurité internationale. 

Une crise protéiforme

Depuis plus de vingt ans, la Corée du Nord a défié les injonctions de la communauté internationale qui lui demande de mettre un terme à son programme nucléaire militaire. Après s’être retiré en janvier 2003 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), le pays a déclaré en février 2005 avoir fabriqué des armes nucléaires. Il a ensuite effectué six essais nucléaires entre 2006 et 2017.

Et pourtant la crise nucléaire n’est qu’une des facettes de la crise protéiforme qui perdure dans la péninsule coréenne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci avait conduit à la division institutionnalisée de la péninsule en deux entités politiques, en 1948, avec la création de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), dans la partie nord, et celle de la République de Corée, dans la partie sud. Les deux États sont devenus membres de l’ONU en 1991.

La crise coréenne commence bel et bien par la guerre civile opposant les deux pays entre 1950 et 1953. Le conflit provoque des centaines de milliers de victimes dont une majorité de civils. La guerre de Corée, en raison de l’intervention des États-Unis sous l’égide des Nations unies mais aussi de la Chine à travers l’envoi des “volontaires chinois”, reste à ce jour le seul conflit direct entre ces deux puissances. Depuis la signature de l’armistice de Panmunjom, l’une de ses conséquences directes est encore la division physique de la péninsule le long du 38ᵉ parallèle.

Incidents avec la Corée du Sud et les États-Unis

Longue de 250 kilomètres et large de 4 kilomètres, la zone démilitarisée (demilitarized zone ou DMZ) est la frontière la plus militarisée au monde. Les incidents, parfois mortels, s’y sont multipliés depuis plus de soixante ans. Aux échanges de tirs fréquents se sont ajoutés des événements tragiques. Ainsi, le 18 août 1976, lorsque deux officiers américains qui coupaient un arbre bloquant la vue des observateurs onusiens ont été tués par un groupe de soldats nord-coréens.

Moins connue, la ligne de démarcation maritime septentrionale (dont le tracé n’a pas fait l’objet d’un consensus entre les parties), dans la mer Jaune, soit la zone occidentale de la frontière, est l’endroit de nombreuses tensions. Depuis les années 1970, des navires nord-coréens, militaires ou non, ont franchi cette ligne plusieurs centaines de fois. En juin 2002, la veille de la finale de la Coupe du monde de football en Corée et au Japon, un énième affrontement maritime s’est produit au large de l’île de Yeonpyeong. Il a causé la mort de 13 marins nord-coréens et de 6 marins sud-coréens. C’est également dans cette zone qu’a eu lieu le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan en mars 2010 (qui a entraîné la mort de 46 militaires sud-coréens) ou encore le bombardement de l’île de Yeonpyeong, qui a provoqué la mort de 2 civils sud-coréens, une première sur le territoire depuis 1953.

En plus de cette crise permanente sur la ligne de front entre les deux Corées s’ajoutent les multiples provocations nord-coréennes, particulièrement à la fin des années 1960 et au milieu des années 1980. Leur souvenir pèse encore lourdement dans la mémoire collective.

En janvier 1968, une unité de commandos nord-coréens infiltrée en Corée du Sud pénètre dans la Maison bleue, le siège de l’exécutif sud-coréen, afin d’y assassiner, sans succès, le président Park Chung-hee, président entre 1962 et 1979. Quelques jours plus tard, le navire espion américain USS Pueblo est arraisonné par la Corée du Nord dans les eaux internationales. Ses 82 membres d’équipage sont retenus pendant onze mois avant que les États-Unis n’obtiennent leur libération après avoir présenté des excuses. En avril 1969, au-dessus de la mer du Japon, un avion de chasse nord-coréen abat un avion de reconnaissance non armé américain, avec ses 31 membres d’équipage.

En octobre 1983, un attentat vise la délégation présidentielle sud-coréenne, alors en visite dans la capitale de la Birmanie. Parmi la vingtaine de tués, on compte le vice-Premier ministre, le ministre des affaires étrangères et le ministre du commerce sud-coréens. En novembre 1987, deux agents nord-coréens font exploser en plein vol un avion de ligne reliant Bagdad à Séoul, tuant les 115 personnes qui se trouvaient à bord. Ces multiples incidents intercoréens soulignent l’importance de faire profondément évoluer les rapports intercoréens et de parvenir, in fine, à la signature d’un traité de paix entre les deux pays.

La crise humanitaire nord-coréenne

Une sérieuse crise humanitaire perdure en Corée du Nord depuis l’effondrement économique du début des années 1990. Le régime de Pyongyang est souvent associé aux famines sans précédent, survenues au milieu des années 1990, qui auraient conduit à au moins un demi-million de morts (les estimations variant fortement selon les sources).

Si la situation s’est considérablement améliorée depuis, la situation demeure fragile. Un climat rude, un relief montagneux, des zones arables peu nombreuses (seulement 15% de la superficie totale du pays) et un manque de mécanisation limitent la production agricole du pays. 10 millions de Nord-Coréens (sur un total de 25 millions) seraient encore sous-alimentés selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Cette crise humanitaire n’est pas qu’alimentaire. Elle est aussi sanitaire et politique. La commission d’enquête des Nations unies sur les droits de l’homme en RPDC, qui a présenté un rapport complet en 2014, évoque notamment des “violations systématiques, généralisées et graves des droits de l’homme”, faisant des Nord-Coréens les premières victimes de cette crise. Dans une Asie du Nord-Est en plein développement, et alors que des centaines de millions de Chinois sont déjà sortis de la pauvreté depuis les années 1980, la multiplication des sommets récents visant au réchauffement diplomatique ne doit donc pas faire oublier que la Corée du Nord demeure une dictature et un îlot de pauvreté pour la majorité de sa population.

Une crise non résolue

Malgré l’alternance entre périodes de fortes tensions et périodes de rapprochement, d’affrontements et de négociations, ni la crise nucléaire ni, plus largement, la crise des relations intercoréennes et des relations entre Pyongyang et Washington n’ont pu être résolues durablement. Au contraire, malgré un optimisme réel, en particulier à la fin de la guerre froide, ces crises ont perduré et se sont même aggravées. Les éclaircies passagères ne sauraient occulter la grande difficulté à résoudre cette crise protéiforme.

Vicissitudes du dialogue intercoréen

Après un demi-siècle de confrontation, l’espoir d’une amélioration des relations intercoréennes fut de mise au cours de la décennie progressiste (1998-2008) des présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. Les gouvernements sud-coréens successifs mettent alors en œuvre une politique d’engagement inconditionnel de la Corée du Nord, dite “politique du rayon de soleil”, visant à influencer son comportement.

Symbolisée par le premier sommet présidentiel intercoréen de 2000 et l’obtention par le président Kim Dae-jung (1998-2003) du prix Nobel de la paix, cette politique est renforcée par son successeur, Roh Moo-hyun (2003-2004 puis 2004-2008), qui approfondit la coopération entre les deux États. Il développe le complexe industriel intercoréen de Kaesong et la zone touristique intercoréenne du mont Kumgang, deux sites situés sur le territoire nord-coréen et proches du 38ᵉ parallèle.

À la suite du second sommet présidentiel intercoréen d’octobre 2007, et ce malgré le premier essai nucléaire de 2006, les deux Corées signent de nombreux projets de coopération économique. Le commerce bilatéral, qui a déjà quadruplé depuis 2000, s’élève alors à près de 2 milliards de dollars.

À l’inverse, la décennie conservatrice (2008-2017) des présidents sud-coréens Lee Myung-bak et Park Geun-hye est marquée par la détérioration progressive des relations intercoréennes suite notamment à la multiplication des provocations nord-coréennes en 2010, comme rappelé précédemment. La politique de Séoul envers Pyongyang évolue vers un engagement limité et conditionné à un démantèlement du programme nucléaire. La crise nucléaire et la crise des relations intercoréennes sont progressivement liées. La résolution de l’une passe dorénavant par la résolution de l’autre, ce qui complique d’autant toute amélioration notable des relations entre Pyongyang et Séoul. Les sanctions bilatérales se multiplient sous le mandat du président Lee Myung-bak (2008 à 2013), mais le dialogue reste toutefois possible.

Malgré un troisième essai nucléaire nord-coréen au printemps 2013, la présidente Park Geun-hye (2013 à 2017) se prononce en faveur du dialogue avec le Nord. Trois dirigeants nord-coréens se rendent alors au Sud afin de participer à la cérémonie de clôture des Jeux asiatiques. Les essais nucléaires et balistiques de 2016 et l’absence de sanctions alternatives conduisent cependant la Corée du Sud à mettre un terme à toute coopération intercoréenne.

À l’arrivée au pouvoir du président Moon Jae-in en mai 2017, il n’y a plus ni commerce, ni coopération, ni même dialogue intercoréens. Les relations intercoréennes sont à leur plus bas niveau depuis la fin de la guerre froide. Le récent rapprochement est symbolisé non seulement par la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en février 2018, mais surtout par le troisième sommet intercoréen d’avril 2018. Il s’inscrit dans la stratégie sud-coréenne visant fondamentalement à faire baisser le niveau de tensions dans la péninsule. Mais aussi afin de faciliter la reprise du dialogue entre Pyongyang et Washington pour faciliter des avancées sur l’autre crise non résolue, la crise nucléaire. C’est la raison d’être de la déclaration de Panmunjom signée le 27 avril 2018.

Nucléarisation de la Corée du Nord

En parallèle, la crise nucléaire perdure également. Face à la détermination de Pyongyang, les stratégies visant à un “démantèlement complet, vérifiable et irréversible” de son programme nucléaire, qu’elles soient basées sur les incitations ou les sanctions, qu’elles soient unilatérales ou multilatérales, ont toutes échoué. Et pourtant les accords de non-nucléarisation avant 2006 puis de dénucléarisation ont été nombreux : de la “Déclaration commune de la Corée du Sud et de la Corée du Nord sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne” en 1992 à la déclaration commune des pourparlers à six (États-Unis, Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, Japon et Russie) de 2005 ; de l’Agreed Framework de 1994 au Leap Day Deal Agreement de 2012 entre Washington et Pyongyang.

Ces accords ou déclarations, dont la dernière signée en juin 2018 à Singapour, ont à chaque fois soulevé l’enthousiasme et fait naître l’optimisme. Le précédent du milieu des années 2000 est particulièrement intéressant à rappeler au regard des récents événements. La déclaration commune des pourparlers à six de 2005 prévoyait en effet, déjà, une “dénucléarisation vérifiable de la péninsule coréenne”. La RPDC s’engageait à “abandonner toutes les armes nucléaires et les programmes nucléaires existants, à réintégrer au plus tôt le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et à se soumettre aux garanties de l’AIEA [Agence internationale de l’énergie atomique]”.

En 2007, après le premier essai nucléaire nord-coréen, un “plan d’action” avait été conclu dans le cadre des pourparlers à six. Le directeur de l’AIEA s’était rendu à Pyongyang, suivi par des experts américains, russes et chinois. Enfin, un accord avait été conclu avec la Corée du Nord sur le programme de démantèlement des installations nucléaires du site de Yongbyon, dont la tour de refroidissement du réacteur nucléaire a été détruite en 2008, et surtout sur une “déclaration complète et correcte de tous ses programmes nucléaires”.

La similitude avec les événements les plus récents est encore plus frappante lorsqu’on lit la presse de l’époque. Un article du New York Times du 3 octobre 2007 affirmait que “la RPDC a accepté de rendre hors service toutes ses installations nucléaires d’ici à la fin de l’année, dans un geste que l’administration américaine a salué comme une victoire diplomatique qui pourrait servir de modèle pour traiter avec l’Iran qui a défié les efforts américains pour maîtriser ses ambitions nucléaires”. Et pourtant, depuis cette époque, la crise nucléaire perdure et elle s’est même renforcée.

Une crise radicalisée

Si la reprise du dialogue en 2018 entre les États-Unis et la Corée du Nord constitue un événement positif propre à éviter une dangereuse escalade militaire à court terme, elle ne permet pas encore de résoudre cette crise nucléaire. Celle-ci a, il est vrai, radicalement changé de nature par rapport aux crises du milieu des années 1990 et du début des années 2000. En effet, l’origine de l’aggravation des tensions américano-nord-coréennes tient au renforcement sans précédent des capacités nucléaires et balistiques nord-coréennes. Ce renforcement impacte la perception américaine, mais aussi internationale, de la menace.

Du nucléaire au balistique

Depuis que Kim Jong-un est arrivé au pouvoir en 2011, le régime a radicalisé sa position sur les armes nucléaires. D’abord le jeune dirigeant a défini, dès 2013, les priorités techniques à suivre : miniaturiser, diversifier les armes nucléaires et augmenter leur précision. Ces objectifs ont été officiellement réalisés. Le régime considère avoir miniaturisé la bombe en 2013, développé une bombe thermonucléaire miniaturisée en 2016 et enfin mis au point en 2017 une arme thermonucléaire multifonctionnelle pouvant équiper un missile balistique intercontinental (intercontinental ballistic missile, ICBM).

Le régime a par ailleurs institutionnalisé la possession de ces armes. L’Assemblée populaire suprême a révisé la Constitution en 2012 pour désigner le pays comme un “État doté d’armes nucléaires”, une première dans le monde. Leur développement a également été inscrit dans la stratégie nationale présentée le 31 mars 2013. Dite ligne Byungjin, celle-ci vise “à réaliser simultanément la croissance économique et à acquérir des forces armées nucléaires”. Si, depuis le 20 avril 2018, le pays met en œuvre une “nouvelle ligne stratégique” visant au développement de l’économie, elle ne remet en rien en cause le statut de puissance nucléaire du pays.

Le programme balistique de la RPDC a été aussi considérablement accéléré. Kim Jong-un a ordonné plus d’une vingtaine d’essais balistiques en 2017, soit plus que l’ensemble des essais réalisés par son père Kim Jong-il entre 1994 et 2011. Depuis son arrivée au pouvoir, ce sont plus de 80 essais balistiques qui ont été réalisés. Le régime a également diversifié ses missiles. Il a testé en 2017, et pour la première fois, des missiles à portée intermédiaire et intercontinentale. Il a également développé des missiles à propulsion solide dont le Pukguksong-1, un missile mer-sol testé avec succès en 2016.

Enfin, les sites de lancement ont été multipliés. Le régime entraîne désormais ses unités balistiques à combattre, y compris la nuit ou par le biais de lancements multiples simultanés. Il ne teste donc plus seulement les caractéristiques techniques de ses missiles L’objectif du régime est clair : rendre les capacités nucléaires de la RPDC opérationnelles le plus rapidement possible afin de crédibiliser sa dissuasion nucléaire, renforcer sa position dans le cadre des négociations avec les États-Unis et, surtout, accroître la légitimité de Kim Jong-un et de son régime.

Une stratégie de survie du régime nord-coréen

Cette radicalisation s’inscrit dans la stratégie de survie du régime dans une double dimension externe et d’abord interne. La dimension externe concerne la sécurité du régime contre les menaces extérieures. Les armes nucléaires contribuent à atténuer la paranoïa du régime nord-coréen face à la “politique hostile” et aux “menaces nucléaires” des États-Unis, alors même qu’aucun traité de paix n’a été signé depuis 1953.

La Corée du Nord dispose depuis les années 1950 d’une capacité de dissuasion conventionnelle dont la menace permet de tenir en otage la capitale de son voisin – et allié des États-Unis –, Séoul. Par ailleurs, la possession d’armes nucléaires par la RPDC accroît le risque pour Washington que ferait peser une intervention militaire américaine. Pyongyang est en effet susceptible d’utiliser ses armes nucléaires de manière préemptive et sur des cibles situées sur le continent américain en cas de tentative de décapitation du régime. Cette dimension sécuritaire n’est cependant pas suffisante pour expliquer les motivations nord-coréennes.

Les armes nucléaires sont aussi des armes politiques qui renforcent la légitimité de Kim Jong-un et de son régime.

La dimension interne, encore plus importante, concerne la sécurité du régime face aux menaces internes. Comme toute dictature – et il s’agit même ici d’un régime totalitaire –, la priorité du régime nord-coréen est de maintenir son contrôle sur la population et les institutions du pays à travers le développement d’outils de coercition mais également d’outils de légitimation. Les armes nucléaires sont aussi des armes politiques qui renforcent la légitimité de Kim Jong-un et de son régime. Cet aspect est fondamental pour un jeune dirigeant arrivé au pouvoir alors qu’il n’avait pas 30 ans.

Premièrement, ces armes nucléaires consolident le système héréditaire en Corée du Nord et la légitimité dynastique de Kim Jong-un. Elles sont un moyen d’afficher un lien d’héritage direct entre les trois dirigeants successifs, la propagande les présentant comme l’héritage révolutionnaire acquis par Kim Jong-un.

Par ailleurs, la capacité nucléaire accroît l’autorité de Kim Jong-un. Celui-ci peut se présenter comme le protecteur de la nation coréenne contre les puissances extérieures, un objectif que son père et son grand-père avaient tenté de réaliser en faisant du Japon puis des États-Unis les ennemis ultimes. Or, ce symbole du père protecteur est fondamental pour les dirigeants nord-coréens, légitimant ainsi le système de leader suprême (suryong).

Troisièmement, ces armes nucléaires sont présentées comme légitimant les sacrifices “demandés” à – en réalité, subis par – la population nord-coréenne depuis les années 1990. Elles constituent en fait l’un des rares succès dont le régime peut se vanter.

Enfin, elles permettent de renforcer le nationalisme, la cohésion nationale et le patriotisme de la population. L’arsenal nucléaire s’intègre parfaitement au Juche, l’idéologie nationaliste du régime. Cette idéologie met en avant l’autonomie de la nation coréenne soumise pendant des siècles à une influence étrangère puis ayant dû subir des décennies d’occupation.

En dépit des annonces de la Corée du Nord depuis le début de l’année 2018, sa possession d’armes nucléaires fait pleinement partie de son identité. Abandonner brutalement de telles armes reviendrait à remettre en cause non seulement la rationalité des dirigeants précédents, mais surtout l’idéologie au cœur du régime. Pareil choix pourrait conduire à un affaiblissement en profondeur de la RPDC et à un risque d’effondrement.

Un optimisme prudent 

Malgré le succès partiel des derniers sommets, rien ne porte à croire qu’une solution puisse être trouvée en quelques mois à la tension permanente et aux crises récurrentes que connaît la péninsule coréenne depuis des décennies. La difficulté pour les négociations américaines de parvenir à des avancées concrètes en est un exemple frappant.

Après une année 2017 placée sous le signe des tensions militaires et des années 2018 et 2019 qui ont vu la reprise du dialogue, l’objectif est d’avancer sur le chemin de la résolution de cette crise coréenne en s’assurant notamment des engagements de la Corée du Nord. Une des priorités serait de transformer le gel des essais nucléaires et balistiques du pays en gel du programme nucléaire et balistique, dans le cadre d’un mécanisme de vérification internationale, avant de parvenir à un démantèlement des infrastructures liées à ces deux programmes. Aux actions symboliques pour l’instant de la Corée du Nord doivent succéder les gestes concrets attendus, tels que rejoindre le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) ou l’invitation d’experts internationaux pour inspecter ses installations nucléaires.

Plus généralement, il ne sera possible de progresser vers une résolution de la crise nord-coréenne qu’en avançant de façon conjointe sur la voie de la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible et de l’établissement d’un régime de paix dans la péninsule coréenne. Comme l’a rappelé le président sud-coréen Moon Jae-in en juillet 2017 à Berlin, la dénucléarisation est la “condition absolue” de la paix dans la péninsule coréenne. Or, cette dénucléarisation doit être atteinte à travers un processus pacifique, diplomatique et non militaire.

Le risque serait de se satisfaire du statu quo, d’une Corée du Nord nucléarisée dans une péninsule stable, au risque de déstabiliser les équilibres régionaux et d’inciter in fine certains acteurs de la région, dont le Japon, à modifier en profondeur leur posture stratégique. Un second risque serait également de réduire la pression sur le régime nord-coréen, alors que la mise en œuvre stricte des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et la lutte contre les activités illicites du régime sont indispensables pour la crédibilité même de la communauté internationale. Un troisième risque serait de penser que l’établissement d’un régime de paix permettrait à lui seul de réduire durablement les tensions militaires entre les deux Corées mais aussi entre la Corée du Nord et les États-Unis, alors que la crise nucléaire demeure un aspect fondamental de la crise nord-coréenne. Si un certain optimisme peut être de mise, notamment à Séoul, il convient de rester prudent.

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