Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à RTL le 13 mars 2020, sur l'épidémie COVID-19.

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Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin dans ce studio. Je le rappelle, vous êtes ministre chargé de la Ville et du Logement. Le président a annoncé notamment le report de deux mois de la trêve hivernale, on va y revenir dans un instant, mais vous, Julien DENORMANDIE, dans la lignée de l'éditorial d'Olivier BOST, que retenez-vous de l'intervention d'Emmanuel MACRON hier soir ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien je crois que l'on a eu un président de la République qui était un président protecteur, un président qui a eu des mots très forts, qui je crois a eu, à la fois sur le fond et la forme, le bon positionnement, c'est-à-dire rappeler cette chance extraordinaire qu'on a dans notre pays, c'est cet Etat providence, c'est ce secteur hospitalier, c'est ces hommes et ces femmes qui sont là pour nous protéger, et je crois que cette protection, c'est-à-dire mettre la santé des Français au-dessus de tout, quoi qu'il en coûte, était ce qu'attendaient nos concitoyens.

YVES CALVI
Il fallait attendre une crise pareille pour voir ce virage ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne le pense pas, mais en tout cas cette crise…

YVES CALVI
Vous venez de nous le suggérer, d'une certaine façon.

JULIEN DENORMANDIE
Non, parce que vous savez, moi je suis ministre de la Ville et du Logement, ça fait presque 3 ans maintenant que je me bats tous les jours pour aider les plus précaires, pour trouver des solutions pour les personnes qui aujourd'hui ont des difficultés, que ce soit parce qu'ils habitent dans un quartier compliqué, ou que ce soit sur les questions de logement. Donc ces mesures sociales, nous sommes beaucoup à les mettre en oeuvre, mais hier on a vu un président protecteur, un président chef de l'Etat, de l'Etat Nation, de l'Etat providence, je crois que c'était très important.

YVES CALVI
Etes-vous sûr qu'il ne fallait pas reporter les élections municipales ? C'est une question que tout le monde se pose.

JULIEN DENORMANDIE
A titre personnel, j'en suis convaincu, parce que je crois que c'est un acte démocratique très important. D'un point de vue sanitaire, les experts nous disent que c'est tout à fait jouable de faire ces élections, sans avoir un risque sanitaire important, et que dans une vie d'un pays, la vie démocratique est l'un de ses fondamentaux les plus importants. Donc à mes yeux, oui, il était nécessaire de pouvoir les maintenir et de faire en sorte que toutes les personnes qui le puissent, aillent voter dimanche prochain.

YVES CALVI
Vous nous dites donc » la vie continue », mais elle va changer, et notamment avec les mesures qui ont été décidées. Le président annonce le prolongement de la trêve hivernale. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?

JULIEN DENORMANDIE
Concrètement, ça veut dire que lorsque vous avez une crise sanitaire, il faut prendre soin des plus fragiles, c'est-à-dire des personnes âgées, des femmes enceintes, etc., mais aussi des plus précaires, c'est-à-dire ceux qui vivent à la rue, les sans domicile fixe, mais aussi des personnes qui sont menacées d'expulsion. Et donc hier, le président de la République a annoncé quelque chose de très précis, c'est le décalage de 2 mois de la trêve hivernale. Concrètement, ça veut dire : pas d'expulsion locative jusqu'à la fin du mois de mai, alors que normalement elle devait être reprise dès la fin du mois de mars, donc pas d'expulsion locative…

YVES CALVI
Ça veut dire qu'elles seront prononcées, mais pas exécutées ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Ça veut dire qu'il n'y aura aucune utilisation de la force publique, comme on dit, pour l'exécuter.

YVES CALVI
Le préfet n'exécutera pas le…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, donc j'écrirai dans la journée-même, à tous les préfets, pour rendre exécutoire cette décision du président de la République. Il n'y aura donc pas d'expulsion locative jusqu'à la fin du mois de mai.

YVES CALVI
Comment allez-vous accompagner les propriétaires, qui très souvent sont eux-mêmes, ne sont pas des milliardaires, forcément, et qui doivent affronter donc ces difficultés ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien la loi elle est très claire, c'est-à-dire que s'il y a une décision de justice portant expulsion et que justement le préfet n'utilise pas la force publique pour y répondre, à ce moment-là l'Etat engage sa responsabilité et l'Etat doit indemniser le propriétaire. La loi est très claire là-dessus. Donc on mettra en oeuvre…

YVES CALVI
Dans des délais raisonnables, enfin je…

JULIEN DENORMANDIE
Dans les délais raisonnables et avec un accompagnement. Mais vous savez, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Et ça c'est ça c'est le premier point qui est très important pour la trêve hivernale, son que c'est peut-être 4 à 5 000 familles qui vont être ainsi protégées, qui ne se retrouveront pas à la rue, et je crois que tout le monde comprend qu'il fallait prendre une telle mesure, qui n'a jamais été prise par le passé, ça montre là aussi le caractère exceptionnel de ce qu'a annoncé le président hier.

YVES CALVI
C'est une première, et 4 à 5 000 familles, nous dites-vous, sont concernées, donc ça fait beaucoup plus de personnes à l'arrivée.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

YVES CALVI
On maintient les places d'hébergement d'urgence ?

JULIEN DENORMANDIE
Et ça c'est la deuxième conséquence, très importante, c'est le maintien des places d'hébergement d'urgence, c'est-à-dire que pendant la période hivernale on accentue le dispositif d'hébergement d'urgence. Cette année c'est 14 000 places que j'ai ouvertes, pendant l'hiver. Ces places, elles avaient vocation à fermer à la fin de l'hiver, c'est-à-dire fin mars, et là aussi on va les prolonger jusqu'à la fin du mois de mai, parce qu'il serait inconcevable, dans la période de crise sanitaire, que des hommes, des femmes, et parfois des enfants, se retrouvent à la rue, c'est déjà totalement inconcevable en temps normal, mais alors en plus lorsqu'il y a une crise sanitaire, c'est juste totalement inacceptable. Et donc nous allons prolonger de là aussi l'ensemble de ces places. Je réunirai toutes les associations d'hébergement d'urgence dans la journée, pour qu'on puisse mettre en oeuvre là aussi cette décision.

YVES CALVI
Avez-vous des informations spécifiques sur les SDF, et sait-on s'ils sont particulièrement impactés par le virus, au moment où nous parlons ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien j'étais au SAMU Social hier, je voudrais d'abord remercier et saluer l'action de tous ces travailleurs sociaux, ces associations, qui au jour le jour font face à ces difficultés. Au moment où je vous parle, à ma connaissance, il y a une vingtaine de cas, dont un site assez problématique, que nous suivons avec beaucoup d'importance, à Paris, où sur le même site il y a 14 cas avérés. Donc on prend les mesures, avec l'ensemble des associations, pour à la fois accompagner, mais aussi de mettre en place des centres dédiés, tout simplement parce que lorsque l'épidémie sera encore plus forte, on dit aux personnes qui n'ont pas besoin d'être à l'hôpital de rester confinées chez elles. Par définition, quand vous êtes SDF, vous ne pouvez pas rester confiné chez vous, donc on est en train de créer des centres dédiés, qui seront opérationnels dans toute la France, dans les tout prochains jours, pour justement répondre à cela.

YVES CALVI
Des mesures historiques, nous avez-vous dit, avec ce prolongement de la trêve hivernale. Merci beaucoup Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

YVES CALVI
Je rappelle que vous êtes notre ministre chargé de la Ville et du Logement. Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mars 2020