Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à Radio Classique le 11 mars 2020, sur l'adaptation des niveaux d'alerte face au Covid-19, les élections municipales et la remise des Césars à Roman Polanski.

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement

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Texte intégral

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Sibeth NDIAYE, elle est porte-parole du gouvernement, nous sommes en direct, et c'est Radio Classique. Rebonjour et bienvenue. Le président de la République s'est exprimé il y a quelques instants concernant la fermeture de la frontière entre la Slovénie et l'Italie, considérant que ce n'était pas la bonne méthode en Europe, pourquoi ?

SIBETH NDIAYE
Parce que l'Europe est un espace où il y a une libre circulation des individus, vous savez, le virus fait fi des frontières, le coronavirus, et donc on a toujours considéré que ce n'était pas une bonne idée que de fermer les frontières avec nos voisins européens, parce que, de toute façon, on voit bien que des pays qui ont pris…

GUILLAUME DURAND
C'est ce qui a été réclamé par le Front national au début.

SIBETH NDIAYE
On voit bien, mais regardez l'Italie par exemple, ça a été le premier pays à fermer ses frontières, en interdisant les vols en direction et en provenance de la Chine au moment de la crise chinoise, du climax de la crise épidémique chinoise, le résultat c'est qu'aujourd'hui l'épidémie est plus avancée en Italie qu'en France, donc on voit bien qu'un virus ça fait fi des frontières.

GUILLAUME DURAND
Deuxième question, elle est importante puisque beaucoup de gens se la posent, alors elle est rémanente depuis plusieurs jours, Sibeth NDIAYE, c'est la généralisation du confinement. Alors, est-ce que la France, à un moment ou un autre, si on arrive au stade 3, envisage, je parle là évidemment du président de la République, des autorités, et donc vous, envisage, si la situation pouvait dégénérer, ou ne dégénère, eh bien qu'il y ait une sorte de confinement général du pays ?

SIBETH NDIAYE
Alors je voudrais dire deux choses. La première c'est que toutes les mesures qu'on prend elles sont étayées scientifiquement et sanitairement, ça veut dire, aussi, qu'au fur et à mesure que les scientifiques et les médecins en apprennent plus sur le coronavirus, on prend des mesures qui peuvent évoluer parce qu'elles s'adaptent à la situation qu'on connaît.

GUILLAUME DURAND
Mais ça pourrait aller jusqu'au confinement ?

SIBETH NDIAYE
Ça pourrait aller jusqu'à confinement, parce qu'on a déjà utilisé des mesures de confinement, quand vous faites en sorte que les enfants n'aillent pas à l'école, parce que vous voulez mettre un coup de frein, brutal si j'ose dire, à la diffusion du virus, c'est que, en quelque sorte, vous avez une mesure de confinement. Quand on utilise du confinement pour ceux qui sont revenus de Wuhan, au début de la crise, et qu'on les met dans des centres de vacances, à Carry-le-Rouet par exemple, ce sont des mesures de confinement. Donc, la mesure de confinement elle n'est pas exclue par principe, ce que nous essayons de faire c'est d'avoir des mesures qui sont proportionnelles, proportionnelles à la situation, proportionnelles compte tenu de nos connaissances scientifiques et médicales, et aussi qui sont adaptées au moment de la crise où on est. Donc aujourd'hui par exemple, en France, il y a des endroits où on dit aux gens de rester chez eux, de ne pas sortir, parce qu'ils sont des foyers intenses du virus…

GUILLAUME DURAND
Voilà, du côté de Mulhouse, dans l'Oise, en Haute-Savoie…

SIBETH NDIAYE
Dans le Haut-Rhin, dans l'Oise, on leur dit on préfère qu'ils restent chez eux pour éviter la diffusion du virus, et puis il y a des endroits où la circulation ne le nécessite pas encore, donc il y a une différenciation territoriale des mesures.

GUILLAUME DURAND
Question. Il est important pour un pays d'avoir une équipe dirigeante, est-ce que vous avez l'impression, alors je ne sais pas si vous toussez, mais est-ce que vous avez l'impression que ce qui se passe autour du Premier ministre, du président de la République, des mesures qui sont prises, pas de discussion plus proche qu'1 mètre quand ils circulent, avec un périmètre de sécurisation qui soit de 2 mètres, est-ce que tout ça a été fait pour qu'il n'y ait pas de défaillance générale ?

SIBETH NDIAYE
En fait, on prend évidemment des mesures particulières, de la même manière que tous les Français ne sont pas suivis par le GSPR en termes de sécurité, ce qui est normal, c'est le président de la République, ou le Premier ministre, qui ont des positions particulières, et donc ils ont des dispositions particulières. Pour autant, ils ne bénéficient pas de mesures sanitaires qui sont différentes, ils ne se font pas tester au coronavirus préventivement, alors que ce n'est pas cas des Français, donc ils suivent les mesures sanitaires, comme n'importe quel Français, avec évidemment quelques spécificités.

GUILLAUME DURAND
Pardon, il semble que les laboratoires vont pouvoir bénéficier, sur instruction des médecins avec ordonnance, maintenant, les laboratoires français, de tests, c'est-à-dire que ça ne sera plus simplement via le cas, mais ça va se généraliser dans le pays, donc on va y voir quand même un peu plus clair.

SIBETH NDIAYE
L'idée c'est de faire en sorte que…

GUILLAUME DURAND
Vous confirmez ?

SIBETH NDIAYE
L'idée c'est de regarder toutes les mesures qui sont utiles pour faire en sorte qu'on puisse petit-à-petit décharger le 15, au fur et à mesure que, on a une montée en puissance de l'épidémie. D'ores et déjà, il y a certains endroits de France, là où on a une circulation intense du virus, où on demande à ce que les médecins généralistes puissent aider à la prise en charge des patients qui sont malades et que tout le monde n'aboutisse pas à l'hôpital, pour que l'hôpital puisse se concentrer sur les cas graves. Donc il faut regarder sereinement toutes les mesures qui permettent de faire en sorte que, notamment dans les laboratoires de ville, on puisse organiser les tests, dans de bonnes conditions de sécurité pour les personnels soignants.

GUILLAUME DURAND
Si ce dépistage a lieu, est-ce que vous avez l'impression, le sentiment, que peut être l'épidémie en France est sous-évaluée ?

SIBETH NDIAYE
Non, pas du tout, je pense que la situation…

GUILLAUME DURAND
Parce qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas été testés, vous vous promenez dans la rue…

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr.

GUILLAUME DURAND
Vous n'avez pas qu'une activité de ministre, dès que quelqu'un tousse on dit il a le coronavirus, dès que quelqu'un se met à…

SIBETH NDIAYE
Non, mais bien sûr, mais c'est normal qu'il y ait un peu de psychose autour du coronavirus. Moi, quand j'ai un chat dans la gorge, et que je tousse, tout le monde me regarde d'un air soupçonneux, d'autant plus parce que j'ai fréquentés Franck RIESTER, donc… Evidemment ce soupçon-là il est normal dans un moment où on a tous un peu peur. Mais attention, on essaie de faire en sorte que l'utilisation des tests elle soit là aussi proportionnée, donc on est testé si on présente des symptômes, on n'est pas testé juste pour se rassurer. De la même manière, vous savez la grippe, quand on a la grippe saisonnière, au début on teste les patients pour surveiller la progression de l'épidémie, et puis à un moment donné on arrête de pratiquer des tests de manière générale.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il y aura des consignes gouvernementales ou simplement des accords locaux, par exemple, dans des villes comme Paris, concernant les municipales ? les municipales seront donc à la date prévue, c'est-à-dire à la fin de la semaine, mais est-ce qu'il est question, par exemple, que Madame DATI, ou Madame BUZYN, ou plutôt leurs représentants dans chacun des arrondissements, et là je parle de toutes les villes de France, je parle de Paris, il puisse y avoir des désistements assez inattendus, et est-ce que vous les souhaitez, vous, par exemple ?

SIBETH NDIAYE
Des désistements, c'est-à-dire ?

GUILLAUME DURAND
C'est-à-dire des gens qui, au fond, passent des accords, dans des endroits, dans des arrondissements, à Paris contre HIDALGO, puisqu'on parle beaucoup de, j'ai la presse devant moi, on parle beaucoup d'accord secrets, en tout cas de personnes, qui voudraient se débarrasser de Madame HIDALGO, ce qui n'est pas un souhait de ma part, mais qui est simplement une constatation des papiers dans les journaux, avec des accords entre DATI et BUZYN, est-ce que vous en avez entendu parler, est-ce que ça existe, est-ce que vous le souhaitez ?

SIBETH NDIAYE
Alors, il n'y a pas d'accord préalable au premier tour de l'élection, parce qu'on considère que, c'est bien d'avoir de bons candidats au premier tour et de présenter, de défendre en quelque sorte, nos couleurs et notre projet ville par ville. Après, évidemment, au second tour, se posera la question de la manière dont on pense faire triompher nos idées et du meilleur moyen de les faire triompher. il y aura des endroits où, pour cela, on restera seul, c'est-à-dire qu'on ne choisira pas d'aller s'allier avec untel ou untel, ce qui compte pour nous c'est de faire en sorte que notre projet, que nos valeurs, soient défendues, y compris dans un second tour, peut-être que ça signifie de les défendre seul, peut-être que ça signifie de les défendre avec d'autres, en tout cas je crois qu'Agnès BUZYN, pour ce qui est de la situation parisienne, a été très claire, elle n'envisage pas d'alliance avec Rachida DATI.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que ce matin vous appelleriez Cédric VILLANI à revenir un peu dans la famille, parce que vous savez qu'il est tiraillé, ou plutôt qu'il est appelé de tous les côtés, à la fois par Madame BUZYN et aussi par Anne HIDALGO, donc est-ce qu'il y a un appel particulier ? Vous le connaissez bien.

SIBETH NDIAYE
On a toujours considéré que Cédric VILLANI, même s'il s'était mis, de lui-même en quelque sorte, aux marges de notre mouvement, avait évidemment plus de proximité avec nous qu'avec d'autres. C'est quelqu'un qui vient de la famille politique de La République en marche, qui a été élu sous nos couleurs, il a choisi une aventure plus personnelle à Paris, ce que nous avons toujours regretté. Est-ce que pour autant tous les liens sont rompus ? ce n'est pas le cas, et ça n'a jamais été le cas, maintenant je crois que dans un premier tour les électeurs ont le droit d'avoir des programmes différents, qui leur proposent des alternatives à Anne HIDALGO, c'est tout-à-fait normal, et puis on verra pour le second.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes féministe, deux féministes se sont exprimées, on a beaucoup parlé, à propos des César, il s'agit d'un côté de Virginie DESPENTES, qui a dit "on se lève et on se casse", en parlant d'Adèle HAENEL, puis la réalisatrice Claire DENIS, qui est aussi féministe, et qui a dit "au fond, le César qui a été remis à Roman POLANSKI, c'est tout simplement parce qu'il était le meilleur réalisateur et ça n'a jamais été une insulte aux victimes." Vous en pensez quoi à titre personnel ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que c'est d'abord des sujets qui sont difficiles et qu'on a tendance, dans l'espace public aujourd'hui, à simplifier énormément des sujets qui sont complexes…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais qui simplifie quoi ?

SIBETH NDIAYE
En fait, quand on simplifie les choses en disant "y a qu'à, il faut qu'on." Il faut punir Roman POLANSKI de crimes dont il n'a pas été aujourd'hui jugé, il y a des crimes pour lesquels il a été reconnu, il y a un crime en l'occurrence, pour lequel il a été reconnu coupable, et pour lequel il s'est refusé à effectuer la peine correspondante, ça…

GUILLAUME DURAND
Il l'a fait la peine, Hervé TEMIME me l'a dit hier, il a fait la peine, après il est parti parce que le procureur voulait revenir sur les accords qu'il lui avait demandés, c'est ce qu'a expliqué Hervé TEMIME, son avocat, hier soir dans l'émission de Yann BARTHES.

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr, effectivement, mais, à un moment donné, là où il était reconvoqué par la justice, comme n'importe quel justiciable, il s'est défaussé vis-à-vis de cette convocation, et donc à un moment donné, quand vous êtes un justiciable, eh bien, quand la justice vous convoque, vous répondez à cette convocation, parce que la justice aux États-Unis elle se déroule dans un état de droit, donc ça c'est une faute qui est commise par Roman POLANSKI. Après il y a des soupçons qui pèsent sur lui. On ne peut pas laisser le tribunal, médiatique en quelque sorte, décider de sa condamnation ou de son innocence.

GUILLAUME DURAND
Il n'y a pas de plainte pour l'instant. Si je vous pose cette question, parce que les gens vont se dire mais pourquoi passe-t-on brutalement du coronavirus, aux élections, à Roman POLANSKI, c'est parce qu'on a eu le sentiment, pardonnez-moi, au départ, qu'au fond il y avait plusieurs positions dans le gouvernement, il y avait la position de Marlène SCHIAPPA, et puis en même temps celle d'Edouard PHILIPPE qui a dit "eh bien moi, j'irai voir le film avec mes enfants, c'est un film important sur l'affaire Dreyfus", donc c'est pour ça que je vous pose cette question, parce qu'on a l'impression qu'il y a un peu deux positions.

SIBETH NDIAYE
Non, non… d'abord c'est des sujets, je vous le dis, qui sont assez complexes. On peut considérer d'un côté, et c'est tout à fait naturel, que dès lors que Roman POLANSKI fait un film, que ce film est bon, il mérite des récompenses ce film, après on peut s'interroger aussi, de la même manière, sur le fait que quelqu'un sur qui pèse d'aussi nombreux soupçons, qu'on ne réussisse pas, à un moment donné, à le traduire en justice. et moi j'ai eu l'occasion de le dire, quand je vois Adèle HAENEL, compte tenu de ce qu'a été son histoire, compte tenu de ce qu'elle a eu à subir, et qu'elle raconte très bien aujourd'hui, je comprends parfaitement que la situation dans laquelle elle se trouve, au moment des César, soit une situation où elle sort, et j'aurais été dans la même histoire et dans le même parcours qu'elle, sans doute je serais sortie. Et puis je dis aussi, ça c'est mon sentiment de femme, que, au fond – et puis mon sentiment de militante féministe – c'est que, on peut récompenser une oeuvre en lui accordant le César de meilleur film, meilleur réalisateur, en quelque sorte vous récompensez aussi un individu dont on perçoit confusément qu'il n'est pas tout à fait dans les rails du droit, je le regrette, après il est…

GUILLAUME DURAND
Mais vous le dites vous-même, on le perçoit confusément, les mots sont importants.

SIBETH NDIAYE
Oui, mais c'est pour ça que je vous dis on le perçoit confusément, et c'est bien là où c'est toute la difficulté et la complexité des choses, et qu'on aurait besoin d'avoir des discussions qui sont un peu plus à plat, que parfois ce qu'on a aujourd'hui, ou, si vous allez regarder le film de Roman POLANSKI vous n'êtes pas un violeur en puissance, ce n'est pas vrai non plus, voilà, tout simplement.

GUILLAUME DURAND
Merci Sibeth NDIAYE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2020