Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à France Info le 5 mars 2020, sur l'impact économique de l'épidémie de COViD-19 .

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MARC FAUVELLE
Est-ce un simple rhume ou une grosse grippe pour toute l'économie française, et surtout comment soigner les secteurs qui souffrent le plus en ce moment de la propagation du virus ? Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Vous êtes secrétaire d'Etat à l'Economie. Les bourses ont plongé ces derniers jours, en France le tourisme et l'hôtellerie, notamment, font grise mine, l'industrie, elle aussi, s'inquiète. Est-ce qu'on a raison d'être inquiet pour l'économie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il faut prendre la situation sérieusement. On a effectivement trois types d'impact aujourd'hui, un impact sur les entreprises françaises qui sont exposées en Chine, et aujourd'hui, sur les autres zones comme la Corée, comme le Japon, qui sont en train de traverser une crise plus en avance par rapport à nous, plus marquée. La deuxième chose ce sont les entreprises qui ont perdu des commandes, et qui ont perdu de la clientèle, c'est évidemment le tourisme, c'est donc l'hôtellerie, c'est l'évènementiel, puisqu'on annule des événements, et là les pertes de chiffre d'affaires sont très importantes.

MARC FAUVELLE
20 % nous disait l'autre jour, dans l'hôtellerie, l'un des responsables du secteur.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et probablement plus dans l'événementiel.

MARC FAUVELLE
Le troisième secteur qui est touché ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le luxe, parce que la clientèle chinoise représentait une part importante, non seulement en Chine, là on exporte des biens de luxe, mais également en France.

MARC FAUVELLE
Que peut faire le gouvernement, demander aux banques d'être un peu plus souples ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le gouvernement prend déjà ses responsabilités, c'est-à-dire que nous avons réuni, le 21 février dernier, puis le 3 mars, c'est-à-dire mardi dernier, l'ensemble des activités, nous avons un plan, ce plan permet notamment de repousser le moment où vous payez vos charges sociales et vos charges fiscales, si vous en faites la demande, donc j'invite les entreprises qui ont des difficultés à se manifester le plus vite possible auprès de l'administration…

MARC FAUVELLE
Qui regardera leur dossier avec bienveillance ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, et rapidement, c'est ce qui compte, il s'agit juste de matérialiser que vous êtes impacté par le coronavirus et que vous avez bien un lien avec cette crise.

MARC FAUVELLE
Il n'y aura pas un dossier de 100 pages à fournir dans ces cas-là, ce sera très simple…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Absolument pas.

MARC FAUVELLE
On fera confiance ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Absolument pas, et je rappelle une chose, on a, comme ça, injecté 400 millions d'euros dans l'économie au moment de la crise des Gilets jaunes, et à l'époque c'était un formulaire A4 recto qu'il fallait remplir.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, certaines professions, les conducteurs de bus, les enseignants, ont fait jouer leur droit de retrait ces derniers jours, en refusant d'aller travailler, comme le prévoit la législation, est-ce que vous les comprenez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je comprends qu'il y ait de l'anxiété, l'épidémie c'est une crainte qui est inscrite dans nos gènes d'humains, on est traversé, on a tous en tête des livres, des cours d'Histoire, on parlait de la peste, du choléra. Après, je crois qu'il faut aussi savoir raison garder. Si les experts médicaux précisent avec autant d'acuité que dans 80 % des cas c'est parfaitement bénin, que d'ailleurs vous risquez de passer à côté, en réalité, parce que vous allez avoir un petit syndrome grippal, ou un gros rhume, que lorsque vous êtes exposé à l'extérieur il faut respecter des mesures de précaution qui sont extrêmement efficaces, se laver les mains toutes les heures….

MARC FAUVELLE
Dans le cas précis de ces professions, certaines dans l'Oise, notamment ça a été le cas de certains enseignants, ils ont raison ou pas de faire jouer le droit de retrait, ou est-ce qu'ils ne vont pas être payés à la fin du mois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils expriment une crainte, mais aujourd'hui les experts vous disent, les experts sanitaires, que ce droit de retrait n'est pas réel puisqu'ils ne sont pas en danger.

MARC FAUVELLE
Ça c'est la règle dans toute la France aujourd'hui, ou il y a du cas par cas qui est possible, dans certains foyers par exemple ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade, si vous voulez, tous les rassemblements dans certains foyers ont été limités, donc, à nouveau, il faut toujours apprécier les choses au cas par cas, vous aurez… si quelqu'un est diabétique, si quelqu'un est en hypertension, et vous savez que ce sont des situations où le virus peut être un peu moins bénin, il faut faire attention, donc… je ne me permettrais pas de faire une généralité, mais ce que je veux redire, ici, c'est qu'il faut écouter ce que disent les experts et ne pas rajouter de l'anxiété à l'anxiété, parce que ça risque d'approfondir la crise.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, je ne sais pas si vous avez fait des provisions de masse, ou de gel en ce moment au ministère de l'Economie, mais pour les Français la règle a changé, désormais il faut une ordonnance pour acheter des masques de protection en pharmacie, quant au prix des gels hydro-alcooliques ils seront bientôt encadrés. En attendant, certaines pharmacies sont dévalisées, c'est une image évidemment, Grégoire LECALOT est allé le vérifier dans cette officine à Paris et on se retrouve juste après.
(…)
MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, ce décret pour les gels, il est pour quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, ce décret il a été transmis au Conseil d'Etat et au Conseil national de la consommation. On a fait une proposition, jusqu'à 2 euros les 50 millilitres, 3 euros les 100 millilitres. Cette proposition elle va être validée par les professionnels, puisqu'il ne faut pas qu'on leur demande de produire à perte, donc où va vérifier que nos hypothèses sont correctes, sur cette base-là, il est publié ce soir, et donc application demain.

MARC FAUVELLE
Donc, dès demain matin…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il est signé ce soir et publié demain.

MARC FAUVELLE
2 euros les 50 millilitres, 3 euros les 100 millilitres, tous ceux qui dépassent ce prix sont hors la loi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

MARC FAUVELLE
Il y aura des sanctions pour ceux qui dépasseraient éventuellement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si c'est un décret vous avez la DGCCRF qui s'assure de sa mise en application.

MARC FAUVELLE
Et on parle bien du prix en pharmacie, pas du prix à l'autre bout de la chaîne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non.

MARC FAUVELLE
D'accord, merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, secrétaire d'Etat à l'Economie, invitée ce matin de France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2020