Déclaration de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, sur la situation migratoire aux frontières de l'Union européenne, à Bruxelles le 4 mars 2020.

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Circonstance : Réunion extraordinaire du Conseil justice et affaires intérieures

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Texte intégral

Une déclaration rapide, Mesdames, Messieurs,


Vous savez que la France a souhaité la réunion des ministres de l'intérieur de l'Europe pour aborder ce sujet de préoccupation qui concerne la frontière turque vers l'Europe.

D'abord, je voudrais penser à ce qui se passe en Syrie. Je pense à ces 900.000, un million de personnes qui, ces deux dernières semaines, notamment dans la poche d'Idlib, ont été déplacées et vivent dans des conditions extrêmement difficiles, et donc, j'ai d'abord cette pensée humanitaire pour celles et ceux qui sont dans ce conflit qui ne les concerne pas et dont ils sont les premières victimes.

Ensuite, je voudrais vous dire pourquoi la France a souhaité que cette rencontre ait lieu. C'est d'abord un message de solidarité avec la Grèce qui connaît un mouvement migratoire important, mais surtout une inquiétude migratoire particulièrement importante ; de solidarité aussi avec Chypre et avec la Bulgarie qui peuvent être impactées par les discussions internationales que porte la Turquie aujourd'hui.

Je souhaite aussi, au nom de la France, porter un message de fermeté, celui de la volonté de la pleine et bonne application de l'accord de 2016 entre l'Europe et la Turquie. Il est nécessaire que chacun assume ses engagements et porte ses engagements. Et on ne joue pas avec la vie de femmes et d'hommes qui, dans une volonté migratoire vers l'Europe, peuvent prendre tous les risques. Il est indispensable que nous trouvions un cadre de discussion avec la Turquie pour poursuivre la bonne application de l'accord de 2016 et que nous ne cédions rien sur ce sujet.

Et puis, un message d'exigence aussi dans notre engagement de solidarité, celui de la France au sein de l'Europe vis-à-vis des pays directement concernés, mais d'exigence aussi dans la responsabilité que nous avons au niveau européen pour garantir nos frontières européennes. Il y a la volonté du déploiement du dispositif Frontex à la frontière entre la Grèce et la Turquie, et c'est absolument indispensable. Nous ne pouvons pas aujourd'hui considérer que l'Europe est celle du libre déplacement en son sein, si nous ne sécurisons pas dans de bonnes conditions les frontières européennes.

Nous sommes confrontés à un moment peut-être historique sur notre responsabilité pour garantir aux citoyens européens le respect de nos frontières et c'est tout le sens du message que nous porterons aujourd'hui. Un message de solidarité avec la Grèce. Un message d'exigence pour le respect et la pleine application de l'accord de 2016 avec la Turquie. Et un message d'ambition et de rendez-vous avec notre propre histoire européenne pour que l'Europe puisse se montrer en capacité de faire respecter ses frontières et faire en sorte que nous puissions déployer la libre-circulation intra-européenne en sécurisant nos frontières européennes.

C'est tout le sens du message que nous porterons aujourd'hui devant les autorités européennes. Nous avons déjà pu évoquer cela avec elles depuis le début de ce week-end. Le président de la République Emmanuel Macron a échangé avec les différentes autorités européennes, mais aussi avec les responsables politiques grecs et turcs et nous sommes très attentifs à la bonne exécution de ces conditions que je viens de poser.


Q - Monsieur le Ministre, quelle va être la contribution de la France à l'opération Frontex ?

R - La France a déjà, dans le premier niveau d'intervention de Frontex qui peut mobiliser jusqu'à 1.500 personnes, prévu sa quote-part, sa contribution. Evidemment, nous nous adapterons en fonction des demandes de la Grèce. Nous sommes déjà disposés à mobiliser une douzaine de personnes qui sont expertes sur certains sujets pour répondre positivement à la demande de la Grèce. Nous sommes prêts à aller au-delà pour jouer notre pleine et entière responsabilité au sein de Frontex, en lien avec les autorités grecques et puis, en fonction des demandes qui pourraient venir, en lien avec les autorités de Chypre ou de la Bulgarie.

Q - Qu'est-ce que vous pensez du fait que la Grèce a suspendu les demandes d'asile pendant un mois ? Est-ce que l'Union européenne respecte encore les droits fondamentaux ?

R - Je crois que la Grèce a voulu porter un message politique d'appel à l'aide européenne. Nous n'avons pas toujours été à la hauteur de la solidarité au sein de l'Europe avec les pays de première entrée, et notamment la Grèce, donc j'entends cela comme un message politique, pas comme un message de défiance.

Q - Est-ce que la France est prête à accueillir des réfugiés d'îles grecques ?

R - D'abord, la France est aujourd'hui le premier pays européen en matière d'accueil de demandeurs d'asile dans son pays. En 2019, légèrement devant l'Allemagne et nous savons que d'autres pays jouent également un rôle important sur ce sujet. La France est aujourd'hui avec l'Allemagne le premier pays qui prend toutes ses responsabilités en matière de solidarité pour les migrants secourus en mer et débarqués sur les côtes italiennes et maltaises. Donc, c'est aussi dans cet esprit que nous voulons montrer notre solidarité avec la Grèce. Mon secrétaire d'Etat, Laurent Nunez, était il y a quelques semaines en Grèce et a proposé la relocalisation de quatre cents migrants immédiatement. Evidemment, nous sommes prêts à travailler dans le cadre d'une solidarité européenne qu'il faut construire, construire tous les jours, à ce que la France prenne sa part de responsabilité.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 mars 2020