Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, à RTL le 28 novembre 2019, sur la lutte contre l'islamisme et le repli communautaire.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Thématique(s) :

Texte intégral

YVES CALVI
Bonjour Laurent NUNEZ.

LAURENT NUNEZ
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. Vous venez nous présenter ce matin ce séminaire de lutte contre l'islamisme et le repli communautaire organisé par votre ministère aujourd'hui avec nos préfets. Cela fait-il suite aux déclarations du président MACRON sur la société de vigilance, c'est l'état d'esprit en tout cas dans lequel vous travaillez ?

LAURENT NUNEZ
Oui, bien sûr, c'est l'état d'esprit, mais ce que je voudrais dire avant cela, c'est que depuis 2014 maintenant, et depuis 2015, avec les attentats terroristes dont nous avons fait l'objet, la lutte contre la radicalisation violente, contre le terrorisme, elle s'est organisée autour de cette notion de radicalisation violente, c'est-à-dire d'individus identifiés susceptibles de passer à l'acte terroriste, et l'ensemble de nos dispositifs de suivi législatifs, je pense notamment à la loi SILT, ont été bâtis autour de cette notion de radicalisation violente. Mais il a un autre phénomène, c'est celui qui, tant dans certains quartiers, dans certains endroits, dans certaines structures, à considérer que la loi de Dieu peut être supérieure à la République et créer ainsi des espaces de sécession qui sont tout à fait inacceptables. Et c'est ce que nous voulons dire aux préfets ce matin, c'est de mener ce combat pour la République.

VES CALVI
Ça veut dire fermer des lieux, concrètement…

LAURENT NUNEZ
Ça peut vouloir dire fermer des lieux…

YVES CALVI
Qu'on peut considérer comme potentiellement dangereux ?

LAURENT NUNEZ
Ça veut dire que dans certains territoires où on affirme que la loi de Dieu est supérieure à la loi de la République, et qu'en découle un certain nombre de conséquences, des infractions pénales, des troubles à l'ordre public, des discriminations hommes/femmes, des déscolarisations d'enfants, il faut que les services de l'Etat procèdent à des contrôles qui peuvent – et vous avez raison de le souligner – aboutir à la fermeture d'un certain nombre de lieux de culte, d'écoles hors contrat, de débits de boissons dans lesquels sont menés, tenus des propos communautaristes.

YVES CALVI
Nous citions à l'antenne ce matin ce chiffre de 120 débits de boissons, bars, pour dire les choses simplement, qui auraient été fermés tout simplement parce que les femmes n'y avaient pas accès entre autres choses ?

LAURENT NUNEZ
Alors cette politique de lutte contre le repli communautaire…

YVES CALVI
C'est faramineux, parce que…

LAURENT NUNEZ
Nous l'avons menée…

YVES CALVI
Ne serait-ce que ce chiffre…

LAURENT NUNEZ
Nous l'avons menée dans une quinzaine de quartiers depuis l'année dernière, depuis 2018, et on va aujourd'hui, à travers ce séminaire, l'étendre à l'ensemble du territoire national, mobiliser les préfets à ces actions, effectivement, dans ces quartiers, en deux ans, ce sont 133 débits de boissons qui ont été fermés, nous avons fermé également 13 lieux de culte, 9 associations, 4 écoles hors contrat, donc où effectivement on avait pu constater des dérives communautaires. Et donc les préfets ont utilisé les procédures de droit commun pour y mettre un terme, pour mener une entrave.

YVES CALVI
Ça se passe comment quand vous prenez une décision de fermeture et que vous l'appliquez, je veux dire, est-ce que c'est difficile, est-ce qu'il y a une forme de rébellion d'une quelconque façon ou des menaces ?

LAURENT NUNEZ
Non, les préfets appliquent les procédures ou saisissent la justice, quand on est confronté à une infraction pénale, mais cette action, elle va être menée sur l'ensemble du territoire national, de manière extrêmement résolue et ferme, car c'est un combat pour la République, pour le vivre ensemble, qui ne vise qu'une minorité des personnes qui pratiquent la religion de l'islam, mais qui sont dans l'islamisme, dans le repli communautaire, et j'insiste, ça ne concerne qu'une minorité de personnes, et ce combat, nous le menons pour la République et pour les musulmans qui pratiquent leur religion en France sans aucune difficulté, dans la paix et dans la tolérance…

YVES CALVI
En revanche, j'ai bien compris que, à la fermeté de votre ton, les signes distinctifs qui permettent de prendre ce type de décision, sont très clairs à vos yeux.

LAURENT NUNEZ
Eh bien, tout ce qui concerne le repli communautaire, on n'est pas que sur des signes distinctifs, on est sur des endroits, ça peut être des quartiers où on va imposer les ouvertures de commerces à certaines heures, on va imposer aux femmes par exemple de porter le voile ou elles vont être stigmatisées quand ça n'est pas le cas, ce sont autant de signes de ce repli communautaire…

YVES CALVI
On dit parfois que certains de nos élus locaux ont finalement accepté ces situations, voire, qu'ils ont "dealé ", j'utilise volontairement ce terme choquant, avec certains extrémistes pour avoir la paix sociale dans les quartiers, est-ce que vous le constatez ?

LAURENT NUNEZ
Nous ne constatons pas ce genre de phénomène, encore une fois, les préfets travaillent main dans la main sur ces sujets avec les collectivités locales, et, bien sûr, avec les maires, il y a des échanges d'informations qui sont possibles sur des individus radicalisés, ils été rendus possibles depuis novembre 2018, mais même avant cela, il y avait déjà des actions qui étaient engagées pour mener des actions de contre-discours dans certaines zones sensibles qui sont particulièrement radicalisées, victimes du repli communautaire, et donc les élus s'engagent à nos côtés pour mener une politique extrêmement offensive de contre-discours et une politique sociale qui permet d'éradiquer le repli communautaire.

YVES CALVI
Mener des actions de contre-discours, pardonnez-moi, mais concrètement, ça veut dire quoi ?

LAURENT NUNEZ
Ça veut dire parler de la République, ça veut dire parler de la République…

YVES CALVI
De nos valeurs !

LAURENT NUNEZ
De nos valeurs…

YVES CALVI
De celles qui nous fondent et qui nous réunissent !

LAURENT NUNEZ
De ce qu'est le vivre ensemble, et que la solution, ça n'est pas le repli communautaire, et puis, ça peut être aussi, quand nous sommes accompagnés de référents religieux, ça peut être aussi un discours qui montre que l'islam, ce n'est pas le repli sur soi, l'islam, ce n'est pas ça.

YVES CALVI Alors, la remontée des infos, justement, parlons-en, avez-vous écarté d'autres policiers qui étaient radicalisés depuis la préfecture de police de Paris et l'attentat terrible que vous avez subi ?

LAURENT NUNEZ
Alors nous avons des signalements de policiers radicalisés, il y en a depuis 2015, entre 2015 et l'attaque de la préfecture de police de Paris du 3 octobre dernier, on a eu un petit peu moins de 70 signalements de radicalisation, j'insiste, ce sont des signalements, très souvent, après investigation, le doute est levé. Effectivement, depuis cette attaque, le nombre de signalements de radicalisation de policiers a augmenté, mais dans la plupart des cas, après investigation, le doute est levé, mais c'est normal qu'après les périodes d'attentats, on ait beaucoup plus de signalements.

YVES CALVI
Dans quelles proportions ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, je vous ai dit, nous avions une…

YVES CALVI
On peut donner des chiffres ?

LAURENT NUNEZ
Donc il y a une cellule spécifique qui est implantée auprès de l'inspection générale de la police nationale qui suit ces cas depuis 2015, avant l'attaque de Paris, nous avions 68 signalements, ce qui ne veut pas dire des individus radicalisés, dans la plupart des cas, le doute a été levé, et depuis l'attaque de la préfecture de Paris, nous avons enregistré une centaine de signalements dans la police nationale, mais qui sont à l'étude, et dans la plupart des cas, le doute est levé.

YVES CALVI
Que se passe-t-il concrètement quand le doute n'est pas levé justement ?

LAURENT NUNEZ
Quand le doute n'est pas levé, il y a deux possibilités, il existe des procédures disciplinaires qui permettent d'écarter l'agent du service, et depuis la loi antiterroriste de 2017, il y a même une possibilité donc de révocation après passage devant une commission paritaire.

YVES CALVI
On reste sur les dossiers qui nous inquiètent, en l'occurrence, le retour des djihadistes, après les attaques kurdes, 4 femmes et 7 enfants devaient rentrer en France, où sont-ils, et est-ce qu'il y a une date de retour, et est-ce que vous nous confirmez ces chiffres ?

LAURENT NUNEZ
C'est difficile pour moi de confirmer le chiffre, mais enfin, vous êtes toujours bien informé, ça se passe dans le cadre du protocole Cazeneuve, ces retours, ce sont des personnes qui, soit, ont essayé de partir en Syrie, Irak, et ont été interceptées en Turquie, soit, ont pu passer en Syrie, en Irak et sont interceptées à leur retour par les autorités turques, et ils nous sont renvoyés dans le cadre d'un protocole, et ils sont immédiatement judiciarisés sur le territoire national. Ce sont des individus…

YVES CALVI
Ça veut dire, pris en charge par la police et la justice…

LAURENT NUNEZ
Pris en charge par la justice, placés en garde à vue, et d'ailleurs, le plus souvent, bien évidemment, c'est même dans la majorité des cas, au moins pour les adultes dont nous parlons, c'est la case prison, bien sûr.

YVES CALVI
Il y a un dernier sujet brûlant dont il faut que nous parlions vous et moi ce matin, on est à une semaine tout juste de la journée de mobilisation du 5 décembre, est-ce que vous redoutez cette journée ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, cette journée, nous nous préparons à cette journée, nous ne la redoutons pas, vous savez, on travaille toujours sereinement au ministère de l'Intérieur, et se préparer sereinement, ça veut dire se préparer bien évidemment à encadrer les mobilisations, les manifestations de voie publique qui sont annoncées à Paris…

YVES CALVI
Il y aura un dispositif particulier ?

LAURENT NUNEZ
Bien sûr qu'il y aura un dispositif d'encadrement pour permettre à la liberté d'expression de s'exprimer dans le calme, s'il y a des violences et des débordements, bien sûr que les forces de l'ordre interviendront, de la même façon que nous nous préparons à gérer d'éventuels blocages de points stratégiques, névralgiques s'il devait y en avoir.

YVES CALVI
Par exemple, les dépôts de carburant ?

LAURENT NUNEZ
Par exemple, bien sûr, par exemple.

YVES CALVI
Deux syndicats de police appellent à rejoindre la manifestation, quelles sont vos réactions ?

LAURENT NUNEZ
Ecoutez, il y a effectivement un certain nombre d'actions symboliques qui sont annoncées ce jour-là, vous savez, avec Christophe CASTANER, nous sommes en contact permanent avec les organisations syndicales de policiers, je crois qu'on a fait beaucoup pour la police, le paiement des heures supplémentaires, un nouveau cycle horaires, qui va offrir beaucoup de plages de repos, une augmentation indemnitaire significative, et nous continuons à discuter avec les policiers, les organisations syndicales de policiers dans un dialogue, dans un état d'esprit qui est très apaisé, croyez-moi bien.

YVES CALVI
Mais on ne peut pas se retrouver avec des situations, par exemple, que des commissariats soient inaccessibles ou fermés ?

LAURENT NUNEZ
Non, ce ne sera pas le cas, il y a un certain nombre de mouvements qui sont annoncés, dont nous avons discuté d'ailleurs avec Christophe CASTANER cette semaine encore avec les organisations syndicales. Il y a un certain nombre d'actions qui sont prévues, nous verrons si elles sont suivies ou pas, en tout cas, ce qui compte, nous, c'est de pouvoir continuer à dialoguer avec les organisations syndicales, qu'elles ne doutent pas une seule seconde de l'engagement, de mon engagement et de celui de Christophe CASTANER pour améliorer leurs conditions de travail.

YVES CALVI
Merci beaucoup Laurent NUNEZ. Je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. Merci d'être venu faire le point ce matin sur RTL. Bon séminaire donc avec nos préfets aujourd'hui pour cette lutte contre la radicalisation qui continue dans notre pays. Bonne journée à vous


source : Service d'information du Gouvernement, le 2 décembre 2019

mots-clés :