1997-2002 : une cohabitation inattendue

Conséquence d'une dissolution surprise de l'Assemblée nationale, la cohabitation intervient en début de septennat présidentiel et va durer le temps d'une législature.

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Deux ans après son entrée à l'Élysée, le président de la République, Jacques Chirac, estime que les échéances européennes à venir (notamment la mise en place de la monnaie unique) nécessitent "une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l'action". Alors que la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement d'Alain Juppé est écrasante, il décrète la dissolution de l'Assemblée nationale et provoque de nouvelles élections législatives.

Respecter les fonctions de chacun

La nette victoire de la gauche plurielle (PS, PC, radicaux de gauche, Verts), qui obtient la majorité absolue au scrutin législatif des 25 et 1er juin 1997, ouvre une nouvelle période de cohabitation.

Le 2 juin 1997, Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre.

Cette troisième cohabitation, qualifiée à plusieurs reprises de "constructive" par le président de la République débute néanmoins par une mise au point d'ordre institutionnel. Répondant à une question, lors du traditionnel entretien télévisé le 14 juillet 1997, Jacques Chirac déclare : "La Constitution prévoit des choses et ces choses donnent, notamment, une prééminence, et je dirais, donnent un peu le dernier mot au président de la République...".

Deux jours après, dans une déclaration en Conseil des ministres Lionel Jospin corrige l'appréciation présidentielle par ces termes : "Il n'y a pas de domaine de la politique française où le Président aurait le dernier mot".

Un contexte difficile pour le Président

Cette troisième cohabitation se caractérise par un contexte politique défavorable au chef de l'État, qui se voit contraint à cette situation du fait de la dissolution qu'il a provoquée, ce qui en outre lui interdit toute nouvelle dissolution pendant un an.

Les formations politiques qui le soutiennent ont subi un échec aux élections législatives qui se confirme aux élections européennes de juin 1999.

Comme François Mitterrand en 1986-1988, Jacques Chirac, s'appuyant sur son rôle de gardien des intérêts permanents, va exercer une magistrature tribunicienne en adressant des gestes en direction de l'opinion. Il fera connaître ses désaccords ou exprimera des mises en garde à propos de la politique menée par le gouvernement, soit en Conseil des ministres, soit au cours de déplacements en province.

À l’approche du scrutin présidentiel d’avril 2002, auquel il se représente, Jacques Chirac précise ses critiques. Si le 14 juillet 1999, il avait qualifié la cohabitation de "constructive", deux ans plus tard, il dénonce le "manque de volonté d’agir" du gouvernement "en matière de sécurité" et son "immobilisme" concernant les réformes à entreprendre (14 juillet 2001).

Des moments de tension vite circonscrits

Malgré les moments de tensions, le plus souvent liés aux échéances électorales nationales à venir, qui ponctuent cette troisième cohabitation, il n'y a pas de divergences d'appréciation sur le rôle constitutionnel attribué à chacune des fonctions.

Lors de la conférence de presse conjointe du Président de la République, du Premier ministre et du Président de la Commission européenne le 11 décembre 2000, à l'issue du sommet européen de Nice, à la question de savoir si la cohabitation lors de la présidence française de l'Union européenne (juillet-décembre 2000) a été "un atout, un handicap ou qu'elle a été neutre pour la réussite de la présidence française", les deux responsables de l'exécutif répondent à l'unisson :

  • Jacques Chirac : "Ce que je peux vous dire en tout les cas, et ce qui est certain, c'est qu'elle n'a pas été un handicap. Et la preuve en est, nous avons réussi ce sommet. Nous l'avons réussi ensemble"
  • Lionel Jospin : "Comme je pense que c'est un atout, cela veut dire que le résultat est neutre. (...) Ces trois jours de discussions très difficiles ont été menées non seulement bien sûr avec une unité complète des ministres, du chef de l'État et du Premier ministre, mais je dirai même aussi avec une fusion intellectuelle et humaine des équipes qui a été extrêmement frappante...".

Trois jours plus tard lors d'un entretien télévisé sur TF1, Jacques Chirac ajoute, rappelant que la cohabitation avait été voulue par les électeurs :

"Et aussi bien le Premier ministre que moi, avons eu pour souci, en permanence, de faire en sorte que, tout en gardant chacun nos convictions, bien entendu, tout en ayant chacun nos responsabilités dans les domaines qui étaient les nôtres, nous ayons un comportement qui soit digne de la France et des Français (...). Alors je ne dis pas qu'il n'y a pas des difficultés ou des problèmes. Il ne peut pas ne pas y en avoir, à partir du moment où il y a une divergence de vues sur certaines orientations essentielles, tout est dans la manière de les exprimer".

Du fait du contexte électoral (municipales de mars 2001, élection présidentielle en avril-mai 2002, législatives en juin), les moments de tension vont prendre un ton plus vif dans la dernière année de la législature.

Le 21 avril 2002, Jacques Chirac arrive en tête du premier tour de l’élection présidentielle, avec un score relativement faible pour un Président sortant (19,9% des suffrages exprimés). Le contexte très particulier du second tour, du fait de la présence de Jean-Marie Le Pen, lui assure une réélection triomphale (82,2%). Un mois plus tard, au scrutin législatif, l’Union pour la majorité présidentielle (qui devient à l’automne 2002 l’Union pour un mouvement populaire) obtient la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale. C’est la fin de la troisième cohabitation.