Le prix Nobel de la paix

Le 10 décembre de chaque année, depuis 1901, une personnalité ou une institution se voit attribuer le prix Nobel de la paix. Décernée par un comité nommé par le Parlement norvégien, la distinction a acquis au fil des ans une importance politique et diplomatique.

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Dans ses dispositions testamentaires, l’industriel et fabricant d’armes suédois Alfred Nobel (1833-1896), qui se décrivait lui-même comme pacifiste, a manifesté son intention de créer cinq prix annuels : physique, chimie, physiologie-médecine, littérature et paix. Le prix d’économie voit quant à lui le jour en 1968, sous l’impulsion de la banque de Suède qui célèbre alors son tricentenaire.

Un prix norvégien

Le prix Nobel de la paix a été décerné pour la première fois en 1901 conjointement à Henri Dunant, pour son rôle dans la fondation du Comité international de la Croix-Rouge, et à Frédéric Passy, reconnu comme l’un des principaux fondateurs de l’Union parlementaire et en tant qu’organisateur du premier Congrès universel de la paix en 1889. Il est une récompense importante qui vient saluer les efforts d’une personnalité ou d’une institution au profit de la paix. Une part de l’héritage d’Alfred Nobel lui sera alors reversée.

Le prix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des progrès pour la paix ». (Alfred Nobel)

Selon le testament manuscrit d’Alfred Nobel, exposé au musée Nobel de Stockholm depuis 2015, il s’agit d’un prix récompensant « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des progrès pour la paix ». Le prix Nobel de la paix ne peut être remis à titre posthume.

À l’instar de ce qui est fait pour tous les autres prix Nobel, le prix peut être partagé entre deux ou trois personnalités ou remis à une institution : celles-ci doivent avoir contribué, par la voie diplomatique, à pacifier le monde.

Depuis sa création, le prix Nobel de la paix est remis par le comité Nobel norvégien. En effet, contrairement aux autres récompenses instituées par Alfred Nobel, celle-ci ne relève pas de la responsabilité d’une institution suédoise, mais de celle du Parlement norvégien, le Storting.

En raison de la séparation de la Suède et de la Norvège (les deux territoires dépendaient, jusqu’en 1905, de la même Couronne), un arrangement fut en effet conclu entre les deux pays : le Storting a alors été chargé d’élire cinq personnes qui le représentent de façon la plus proche possible politiquement, et dont la mission est d’attribuer, chaque année, le prix Nobel de la paix.

À ses débuts, le comité n’était pas réellement autonome par rapport au Parlement. Il était composé de députés en exercice et ses débats se tenaient durant les sessions parlementaires. L’idée d’une indépendance du pouvoir politique s’étant imposée, le travail du comité Nobel norvégien est de nos jours soumis à des règles strictes. Il ne peut notamment plus être composé de députés en activité.

Chaque année, de nombreuses propositions de candidatures sont émises par les parlements nationaux, par des cercles d’universitaires spécialistes en géopolitique, en sciences politiques ou en droit, par d’anciens lauréats du prix, ou encore par des conseillers spéciaux du comité.

Assisté par l’Institut Nobel norvégien, créé en 1904, le comité Nobel doit donc se pencher sur plus d’une centaine de candidatures dès le mois de février. Les jurés établissent par la suite une liste de cinq noms durant le printemps et débattent longuement avant de voter, en octobre. Leur décision est rendue publique lors d’une cérémonie qui se tient dans la vieille ville d’Oslo, le 10 décembre, date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel.

Critiques et polémiques

Le prix Nobel de la paix a connu son lot de critiques importantes, notamment concernant certains de ses lauréats. En effet, contrairement aux autres prix Nobel, cette récompense n’a pas nécessairement pour objet de valoriser un engagement pour la paix sur le long terme, mais elle met le plus souvent l’accent sur une action particulière, qu’elle soit pérenne ou non.

Ainsi, lorsque la distinction fut remise à Theodore Roosevelt, en 1906, pour son intervention en faveur de l’arrêt des hostilités entre la Russie et le Japon, nombre d’observateurs ont soulevé une incohérence majeure : l’intérêt du président américain pour le militarisme.

De même, en 1973, lorsque le comité Nobel souhaita décerner le prix Nobel, conjointement à Henry Kissinger et à Lê Duc Tho, l’un des négociateurs des accords de paix au Vietnam, ce dernier rejeta le prix car, selon lui, « la paix n’a pas réellement été établie ».

En 1994, le choix de remettre le prix Nobel de la paix à Yasser Arafat, Yitzhak Rabin et Shimon Peres, après la conclusion des accords d’Oslo, fut également très controversé, au vu de l’échec ultérieur de l’application des accords et du passé des lauréats.

Plus récemment, Aung San Suu Kyi, récipiendaire du prix en 1991, a été vivement critiquée en raison de son attitude passive face aux exactions commises par l’armée birmane contre les Rohingyas (une communauté minoritaire musulmane de Birmanie), alors même qu’elle occupe de facto une position similaire à celle d’un chef de gouvernement.

Enfin, une polémique existe également concernant certaines personnalités qui semblent avoir été oubliées par les jurés du prix Nobel de la paix. Parmi eux se trouve Gandhi, qui a pourtant été nommé à cinq reprises entre 1937 et 1948. Lorsque Gandhi fut assassiné le 30 janvier 1948, le Comité Nobel norvégien décida toutefois de n’honorer aucun candidat cette année-là, jugeant qu’aucun candidat vivant n’était approprié.

Le caractère éminemment politique du choix du comité Nobel.

Afin de répondre à certaines de ces critiques, le comité Nobel norvégien a affirmé, en 2005, que le prix qu’il décerne ne serait désormais remis qu’à des personnalités ou institutions qui auront engagé leur entière existence à la promotion de la paix, des droits de l’homme et du modèle démocratique. Remettre en 2010 le prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo, figure importante de la défense des droits de l’homme en Chine, s’est alors apparenté à une forme de désaveu de la politique du pays en la matière.

Lorsque Barack Obama est honoré, en 2009, pour son action en faveur du renforcement de la diplomatie internationale, quelques mois seulement après son élection à la tête des États-Unis, son autorité morale en a été considérablement accrue. Si le haut degré d’engagement militaire de son pays sur le plan mondial fut évidemment sur toutes les lèvres, le prix Nobel de la paix a contribué à encourager la position du leader américain.

Ces exemples soulignent donc le caractère éminemment politique du choix du comité Nobel qui, en décernant le prix à un acteur, indique que son approche doit être soutenue ou que la question sur laquelle il a travaillé mérite une attention particulière.