Délocalisations et relocalisations

Face à un mouvement inédit de désindustrialisation depuis le début des années 2000, la question de la relocalisation en France des activités parties à l’étranger prend une importance nouvelle.

Par La Rédaction

Le mythe de l'entreprise sans usines

Le recours à la sous-traitance et à la délocalisation : une tradition ancienne


En juin 2001, Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel (télécommunications) proclamait : “Alcatel doit devenir une entreprise sans usines.” Il entendait rétrocéder à des sous-traitants ses activités industrielles les plus lourdes et se recentrer sur la recherche et développement (R&D) et les services.
Ainsi, les entreprises du textile, de la chaussure, du jouet ou de la micro-informatique sont progressivement devenues des firmes de recherche, de design et de marketing, dont les capacités de production ont été délocalisées dans des "pays-ateliers" (Asie du Sud-Est, Maghreb, Europe de l’Est…).
Alors qu’au milieu des années 1980, le secteur industriel représentait encore 20% du produit intérieur brut (PIB) français, celui-ci ne représente désormais plus qu’environ 12% en 2018.


Délocalisation et mondialisation à l’ère de l'Internet

La mondialisation de l’économie conduit à relativiser les avantages liés au processus de délocalisation tel que conçu dans les années 1980 et ce, pour au moins deux raisons :

  • avec l’augmentation de la connectivité, où tous les processus peuvent désormais être reliés entre eux, à de multiples échelles géographiques, se créent de nouvelles chaînes de valeur (Pierre Veltz, 2008). Les coûts de la main-d’œuvre sont désormais à relativiser et n’apparaissent plus comme un facteur prépondérant d’une localisation ;
  • le renchérissement des coûts de transport occasionné en partie par des prix du pétrole plus volatils depuis la fin des années 2000 constitue l’un des “coûts cachés” de la délocalisation et l’un des motifs de relocalisation de la production pour une entreprise.
     

Relocalisations : produire français n’est plus forcément "produire en France"

Une typologie des relocalisations

La relocalisation peut se définit comme le rapatriement dans le pays d’origine de tout ou partie d’une activité (industrielle ou de services) précédemment délocalisée vers un pays tiers à faibles coûts salariaux.
La direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services (DGCIS, direction du ministère de l'économie et des finances) a proposé une typologie des relocalisations observées en France qui permet d’identifier les trois principales logiques économiques :

  • les relocalisations d’arbitrage, souvent opérées par de grands groupes par comparaison de différents sites envisageables, avec la possibilité de la réversibilité ;
  • les relocalisations de retour, consécutives à des délocalisations, causées par “des déceptions, révélées au fil du temps, relatives au transfert à l’étranger de sites de production préalablement implantés en France” (disparition d’avantages comparatifs, "coûts cachés" de la délocalisation, contrefaçon, notamment) ;
  • les relocalisations de développement compétitif, permettant l’approfondissement des positions établies sur les marchés extérieurs, notamment pour les PME qui cherchent par leur relocalisation à se rapprocher des compétences qui leur font défaut et des marchés de consommation.

Les facteurs déterminant le choix de la relocalisation

107 cas de relocalisation d’activités d’entreprises ont été officiellement recensés en France entre 2005 et 2013, parmi lesquels Rossignol, Mauboussin, Solex et le fabricant de thés et infusions Kusmi Tea.
La Banque publique d’investissement (Bpifrance) souligne l’apparition d’un solde positif des créations d’usines en France en 2018.

Sur les 200 relocalisations répertoriées par la Banque des territoires-groupe Caisse des dépôts de 2005 à 2018, 12 d'entre d'elles, soit 6%, ont eu recours à des aides publiques directes. Davantage que les aides publiques, ce sont donc les modes de production et des processus de fabrication qui sont en jeu.

Les progrès techniques et la digitalisation de l’économie

Dès 2005, un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) estimait que l’enjeu était de faire prévaloir des scenarii de “sortie par le haut” par la création d’emplois grâce à l’innovation et à la recherche-développement (R&D) et en améliorant les qualifications.

D'ores et déjà, l’industrie agroalimentaire offre un exemple de ce que pourrait permettre l’utilisation du numérique et du data, avec l’optimisation du "sourcing" qui consiste à trouver les sources d'approvisionnement les moins coûteuses pour les achats de produits.


L’utilisation des avantages comparatifs en matière de coûts de transport et de salaires

  • Le coût du travail, jadis élément déclencheur des délocalisations, augmente également dans les pays comme la Chine, où l’accroissement est de 15% par an et entraîne ce dernier à délocaliser à son tour. De plus, les économies obtenues sur la main-d’œuvre du fait d’une délocalisation ne compensent plus nécessairement les coûts logistiques et les tarifs douaniers.
  • Le phénomène de la mondialisation des économies induit une fragmentation de la chaîne de valeur mondiale (ensemble des activités productives réalisées au niveau mondial pour amener un produit ou un service du stade la conception à la livraison au consommateur final) qui décompose les processus de fabrication en fonction des avantages respectifs que procurent les différents pays.
  • Se rapprocher localement du consommateur permet une adaptation plus rapide aux évolutions du marché et une meilleure interaction entre les différents processus de fabrication (contrôle-qualité accru, fluidité accrue entre les activités de R&D et de production, livraisons plus rapides, relation-client plus agile...).