Le Crédoc analyse les différentes formes de vulnérabilité

Du handicap à la pauvreté, de la précarité professionnelle à la relégation territoriale, une étude du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), publiée en février 2020, dresse un état des lieux des différentes fragilités. Deux Français sur trois souffrent d'au moins une source de vulnérabilité.

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Peluche posée sur un rebord de fenêtre délabrée au carreau cassé.
L’enquête sur les conditions de vie a permis de comprendre comment les différentes fragilités se combinent entre elles, aggravant alors le mal-être des populations. © Mulderphoto - stock.adobe.com

Dans un contexte de revendications et de mouvements sociaux (Gilets jaunes, réforme des retraites), l'étude du Crédoc "Tous autonomes et vulnérables à la fois" - État des lieux des publics fragiles mesure les difficultés vécues par la population française.

Différentes causes de vulnérabilité

Le document répertorie six causes de vulnérabilités : 

  • pauvreté monétaire (niveau de vie du foyer) ;
  • handicap (participation limitée aux activités et à la vie en société) et santé dégradée (due notamment au vieillissement de la population et aux attentes des plus jeunes) ;
  • relégation territoriale : sentiment de vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics (absence d'équipements, par exemple) ;
  • isolement social et solitude (isolement relationnel des personnes âgées et des chômeurs, notamment) ;
  • précarité professionnelle (hausse des contrats courts et des travailleurs pauvres, chômage) ;
  • mal-logement (peu d'offres, défauts de confort, précarité énergétique, prix élevé).

L'étude du Crédoc propose une nouvelle analyse, transversale, qui souligne l'articulation et le cumul entre les différentes fragilités. Cette approche montre que deux tiers des Français sont vulnérables.

Interactions entre les groupes de fragilités

L’enquête sur les conditions de vie a permis de comprendre comment les différentes fragilités se combinent entre elles, aggravant alors le mal-être des populations. Par exemple, la moitié des personnes ayant un état de santé dégradé (par rapport aux personnes du même âge) présentent aussi un handicap ou une maladie chronique (54% contre 27% dans l’ensemble de la population).

L'analyse des données recueillies a révélé six groupes de populations :

  • deux groupes ayant un unique problème lié soit à la santé (handicap ou état de santé dégradé, 15%), soit à un problème d’emploi (chômage, sous-emploi ou précarité) ;
  • quatre groupes présentant un cumul des difficultés : pauvreté associée parfois à des problèmes d’emploi ou de santé, mal-logement souvent cumulé avec des problèmes de  santé, de pauvreté ou d’emploi, isolement social associé à la pauvreté, aux problèmes de logement ou d’emploi, relégation territoriale fréquemment associée à la pauvreté, aux problèmes de logement et la santé.

Modes de vie et opinions des publics fragiles

Au-delà d'une classification des groupes fragiles, l'enquête du Crédoc apporte un éclairage sur les modes de vie et les convictions politiques propres à chaque catégorie de population.

Ainsi, les personnes souffrant de problèmes de santé sont en majorité plus âgées, moins diplômées, plus propriétaires que la moyenne de la population. Ils ont aussi un niveau de confiance envers le gouvernement et les institutions, ils sont proches de leur famille et préoccupés par leur alimentation.

À l'inverse, les Français concernés par des difficultés liées à l'emploi sont surtout des jeunes, plus diplômés que la moyenne de la population, célibataires et locataires. L'étude souligne que "80% des personnes qui présentent une fragilité sur le marché du travail pensent que la société a besoin de se transformer profondément" et comprennent les actions radicales (blocage des lieux, par exemple).

Quant aux 11% de Français confrontés à des fragilités liées à un isolement relationnel, il s'agit essentiellement de femmes, célibataires (60%), sans enfants, ayant un niveau de vie très faible. Cette catégorie présente un repli sur soi alimenté par une méfiance en autrui et peu d'attachement aux domaines de la vie. Le sentiment d'être délaissés par les pouvoirs publics est là aussi très important.

La sur-représentation des femmes se retrouve également au sein des groupes combinant des difficultés de mal-logement, d’emploi, de santé ou de pauvreté. Ces vulnérabilités touchent aussi beaucoup de couples avec enfants. Le sentiment de restriction budgétaire y est plus exacerbé que parmi la moyenne des Français. Ces populations sont également plus inquiètes, notamment sur le risque d’agression dans la rue et les risques alimentaires. Cette souffrance se traduit par une confiance moindre en l’avenir et dans le monde politique.