Pollution des Antilles par le chlordécone : comment en sortir ?

Un pesticide, le chlordécone, a été utilisé de 1972 à 1993 en Martinique et en Guadeloupe contre le charançon du bananier. Cette substance, très toxique et persistante, a provoqué un désastre sanitaire, environnemental et économique sans précédent.

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Régime de bananes
Le chlordécone a été utilisé dans les bananeraies qui pratiquaient une agriculture productiviste. © Worawut - stock.adobe.com

Pourquoi a-t-on abouti à cette catastrophe ? Qui est responsable ? Comment y remédier ? Le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur l'utilisation du chlordécone, publié en novembre 2019, fait pour la première fois toute la lumière sur le sujet.

Le chlordécone a été employé massivement dans les bananeraies antillaises qui pratiquaient une agriculture productiviste.

La dangerosité du chlordécone est connue depuis 1969 mais sa commercialisation n'a été interdite qu'en 1990. Conformément à la réglementation alors en vigueur, il a pu encore être vendu pendant deux ans. Son emploi a même continué jusqu'en 1993, grâce à deux dérogations accordées par le ministère de l'agriculture sous la pression de planteurs et d'industriels. Le maintien de la production bananière a primé sur la sauvegarde de la santé publique et de l'environnement.

Des effets délétères

Le chlordécone est un polluant très persistant qui va rester présent dans les sols et les eaux durant des siècles. Il contamine les végétaux et les animaux puis les humains qui les consomment. C'est un perturbateur endocrinien qui augmente aussi les risques de cancer de la prostate et de naissance prématurée.

Cette pollution met en danger l'économie locale, en raison de l'interdiction de cultiver certains produits et des interdictions de pêche.

De plus, une partie de la population des Antilles éprouve une forte défiance à l'égard de l'État. Pourquoi a-t-il tardé à interdire cette substance et à agir contre la pollution ? 

Comment sortir du chlordécone et réparer ses conséquences ?

Trois plans chlordécone se sont succédé depuis 2008 mais ils se sont révélés insuffisants. En 2018, le président de la République a reconnu la responsabilité de l'État. Cette responsabilité est partagée avec les acteurs économiques de l'époque. Le Président a également affirmé le devoir de réparation de l'État. Des actions ambitieuses et concrètes s'imposent pour que les Antilles puissent espérer en finir avec le chlordécone.

Le rapport formule 49 recommandations sur les réparations à engager. Elles visent à :

  • protéger la population des risques sanitaires : dépistage gratuit et suivi systématique des personnes les plus à risque, création d'un fonds d'indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques  ;
  • soutenir l'agriculture et la pêche : l'État doit prendre en charge les analyses et la dépollution, indemniser les agriculteurs et les pêcheurs mais aussi favoriser la diversification agricole et des pratiques de culture écologiques ;
  • faire de la recherche sur le chlordécone une priorité nationale pour mieux connaître ses effets et mettre au point des techniques de dépollution ;
  • rétablir la confiance de la population antillaise envers l'État en l'associant davantage à l'élaboration et à la mise en œuvre du prochain plan chlordécone et en l'informant mieux.