D'Erasmus à Erasmus+ : un programme européen populaire depuis plus de 30 ans

Fondé sur la reconnaissance des diplômes, l’octroi d’aides financières et la simplification des démarches administratives, Erasmus est un des programmes le plus connu et le plus apprécié par les Européens. Dans les années 1990, il ne ciblait que les étudiants. À présent, il s'adresse à des publics très divers.

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En 2017, a été célébré le trentième anniversaire du programme Erasmus, créé en juin 1987, après plusieurs expérimentations pilotes, et non sans difficulté. Certains États se sont montrés réticents à la mise en place d’une telle initiative par la Commission européenne dans le domaine réservé aux États qu’est l’éducation. Pourtant, depuis sa création, le programme a rencontré un succès croissant tout en évoluant dans sa forme et dans ses objectifs.

Un des programmes européens les plus populaires

Erasmus (European Region Action Scheme for the Mobility of University Students - Programme d’action communautaire en matière de mobilité des étudiants) a pour vocation première de faciliter la mobilité étudiante en créant des partenariats pédagogiques et administratifs entre les universités européennes.

En trois décennies, 9 millions de personnes (dont 4,4 millions d'étudiants) ont bénéficié du programme pour étudier, travailler, se former, faire un stage ou s'engager dans des volontariats à l'étranger. Depuis 2014, le programme – appelé désormais Erasmus+ – rassemble 33 pays participants (États membres de l’UE, Islande, Liechtenstein, Norvège, Turquie, Macédoine du Nord) et 169 pays partenaires du monde entier.

En 2018, avec 43 905 personnes, la France a envoyé plus d'étudiants à l'étranger que l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie. Les destinations les plus populaires parmi les jeunes européens ont été l'Espagne, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France.

Moins de départs vers le Royaume-Uni

À la suite de l'annonce du Brexit, les mobilités vers le Royaume-Uni sont en baisse, alors que les échanges vers les autres pays enregistrent des progressions constantes. 

Selon le dernier rapport annuel publié par la Commission européenne (janvier 2019), Erasmus+ 2017 a été une année record : 800 000 personnes (étudiants, formateurs, stagiaires, apprentis, etc.) ont bénéficié du programme (+10% par rapport à 2016) ; 2,6 milliards d'euros ont été investis (+13% par rapport à 2016). Diffusée à la mi-2017, la nouvelle application mobile Erasmus+ a été installée plus de 55 000 fois.

L'objectif de la Commission est de tripler le nombre de participants, soit d'atteindre 12 millions de personnes. Elle souhaite doubler le budget du programme, ce qui le portera à 30 milliards d'euros dans le cadre du cadre financier pluriannuel (2021-2027).

La mobilité étudiante Erasmus et ses effets

Ainsi que le montre des études d’impact menée pour le compte de la Commission européenne, les retombées du programme Erasmus+ sont nombreuses et s’observent à plusieurs niveaux :

  • plus de 70% des diplômés Erasmus+ affirment mieux savoir à leur retour dans quelle carrière ils souhaitent s'engager ;
  • 80% déclarent avoir trouvé un emploi dans les trois mois après l'obtention de leur diplôme ;
  • 90% estiment que leur expérience à l'étranger leur sert au quotidien dans leur travail ;
  • 90% ont le sentiment d'avoir une identité européenne (parmi les étudiants Erasmus+, ceux de l'Est se reconnaissent le plus dans l'Union européenne) ;
  • 80% des universités participantes déclarent qu'Erasmus+ renforce leur capacité d'innovation et leur aptitude à répondre aux besoins du marché du travail.

Erasmus+ est, par essence, un "vecteur de l’internationalisation des établissements". En cela, il contribue au bon développement du processus de Bologne, né en 1999, et dont la vocation est de créer un espace européen de l’enseignement supérieur. Si les universités françaises ont aujourd'hui leur propre stratégie à l’international, c’est parce que Erasmus+ s’est imposé comme un modèle qui, dès son lancement, a mis cette dimension au cœur du fonctionnement et des projets des établissements. À tel point que la mobilité des étudiants et des personnels serait à l’origine d’une "modernisation des établissements d’enseignement supérieur et des politiques éducatives", par l’ouverture sur d’autres manières de faire que permet Erasmus+.

Erasmus+, en permettant d’étudier et travailler ensemble tout en s’ouvrant à d’autres cultures, a permis par ailleurs de donner un sens concret à la notion de citoyenneté européenne, jusqu'à faire émerger "une génération d’Européens".

Globalement, Erasmus+ contribue à développer et renforcer le fonctionnement de l’espace européen de l’enseignement supérieur, priorité de l’Europe pour devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde (stratégie Europe 2020). Individuellement, l’impact économique des séjours Erasmus+ favorise l’insertion professionnelle, le développement personnel. Enfin, bien qu’aucune étude européenne ne mesure l’impact précis des séjours Erasmus+ sur le niveau de langue, il n’en reste pas moins que l’amélioration du niveau de langue est une des principales motivations pour partir étudier à l’étranger.

Créer un espace européen de l'éducation d'ici 2025

Sur le principe, Erasmus+ est au cœur du projet de construction européenne puisqu’il est un des rouages du Marché unique dont l’une des quatre libertés est celle de la libre circulation des personnes. Or, pour que cette liberté puisse s’appliquer à la vie étudiante, il fallait qu’un programme particulier voie le jour, rendant possible la poursuite matérielle et éducative des études dans un cadre d’accueil où l’organisation et les programmes sont parfois très différents de l’établissement d’origine, mêmes pour des cursus identiques.

Erasmus+ repose donc sur certains principes : reconnaissance des périodes d’études et des diplômes, octroi d’aides financières et d’hébergement ainsi que simplification des démarches administratives (inscription dans l’université d’accueil).

Erasmus+ est également au cœur de la stratégie Europe 2020 dont un des axes est le développement de l’innovation, de la recherche à travers des projets communs entre États communautaires et extracommunautaires.

Sur la forme, le programme Erasmus+ a beaucoup évolué. Fort de son succès, il s’est ouvert à d’autres publics, et notamment aux personnels enseignants et non enseignants des établissements d’enseignement supérieur. Depuis 2007, il permet également aux étudiants d’effectuer un stage dans une entreprise européenne. Des programmes de coopération universitaire avec des pays tiers (Tempus) et avec le monde entier (Erasmus mundus) ont également été mis en place. Enfin, il a été décliné sous la forme d’autres programmes permettant la mobilité des scolaires (Comenius), celle des candidats à la formation professionnelle (Leonardo) et celle des adultes (Grundtvig).

D’Erasmus à Erasmus +

Pour faire d’Erasmus un catalyseur de mobilité encore plus efficient, la Commission européenne a rassemblé, pour la période budgétaire 2014-2020 l’ensemble des mécanismes en place en matière d’éducation, de formation, de jeunesse et de sport sous le nom d’Erasmus +.

Erasmus + regroupe l’ensemble des anciens programmes européens dédiés à l’éducation, la formation, la jeunesse (Comenius, Erasmus, Erasmus Mundus, Leonardo da Vinci, Grundtvig, Jeunesse en action, Jean Monnet, Alpha, Edulink) et intègre un nouveau volet sport.

Doté d’un budget de 14,7 milliards d’euros pour la période 2014-2020 soit 40% de plus par rapport aux programmes précédents, ce programme permettra à plus de quatre millions d’Européens d’étudier, de se former, d’acquérir une expérience professionnelle et de travailler comme bénévoles à l’étranger sur cette période. S’ajoutent à cette somme 1,68 milliard d’euros pour les activités liées à la dimension internationale (hors UE) du programme.

Dans le cadre d’Erasmus+, deux mesures ont été introduites pour favoriser plus encore la mobilité :

  • la mise en place d’un mécanisme de caution de prêts géré par le Fonds européen d’investissement visant à aider les étudiants en master à financer leurs études à l’étranger ;
  • la création de plus 150 "alliances de la connaissance" (partenariats entre des établissements d’enseignement supérieur et des entreprises pour "promouvoir la créativité, l’innovation et l’esprit d’entreprise en offrant de nouvelles possibilités d’apprentissage et de nouvelles qualifications") et de plus de 150 "alliances sectorielles pour les compétences" (partenariats entre des prestataires de services d’enseignement et de formation professionnels et des entreprises, visant à promouvoir l’employabilité et à pallier le déficit de compétences en créant de nouveaux programmes d’études par secteurs et en élaborant des méthodes innovantes d’enseignement professionnel).

En dépit de sa popularité, Erasmus ne permet qu’à une minorité d’étudiants (en moyenne 5% d’étudiants Erasmus par rapport au nombre d’étudiants diplômés de la même année) et de personnels d’exercer une mobilité géographique. En effet, malgré les aides accordées, le coût d’un séjour à l’étranger reste un obstacle. 

En mai 2018, la Commission européenne a demandé le doublement du budget d’Erasmus + pour la prochaine période budgétaire, soit 30 milliards d’euros d’engagement sur l’ensemble de la période 2021-2027, contre 14,7 milliards pour 2014-2020.