Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 5 mars 2020, sur l'adaptation des niveaux d'alerte face au Covid-19 et la crise migratoire entre l'Union européenne et la Turquie.

Prononcé le

Intervenant(s) :

  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement

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Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Sibeth NDIAYE.

SIBETH NDIAYE
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être sur LCI ce matin. Le coronavirus, ce jeudi matin la France est toujours au stade 2, il est peu probable que nous échappions au stade 3, c'est vous-même qui l'avez dit hier. Un, est-ce que c'est inévitable, vous confirmez, et deux, est-ce que c'est une question d'heures ou une question de jours ?

SIBETH NDIAYE
Alors, ce n'est pas une question d'heures évidemment, ce qui est important c'est que, quand il y a une épidémie qui progresse, quand elle touche plus de 60 pays au niveau mondial, on ne va pas se mentir et on ne va pas se dire que la France va avoir comme un nuage qui s'arrêterait à nos frontières, la propagation de cette épidémie s'arrêter à nos frontières. Donc, l'objectif que nous avons, c'est de faire en sorte d'être prêts au moment où on arrive dans un stade épidémique, qui effectivement me paraît inévitable, donc on arme notre système de santé, on donne aussi des bons gestes à la population française, parce que j'ai envie de vous dire, ce qui freine le plus l'épidémie c'est faire en sorte d'avoir les bons comportements, à titre individuel c'est se laver les mains, ne pas se faire la bise, ne pas se toucher, voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous dites à l'instant, ce qui compte pour le passage ou pas au stade 3 c'est que nous soyons prêts, c'est ça le facteur de déclenchement ou c'est la propagation de l'épidémie, qui échappe un petit peu à votre préparation à vous le gouvernement ?

SIBETH NDIAYE
Alors, en fait, quand je dis ce qui importe, quand on passe au stade 3, c'est parce qu'il détermine le passage au stade 3, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle le stade 2 d'une réponse à une éventuelle épidémie c'est de faire en sorte de freiner sa propagation. Pourquoi c'est utile de freiner la propagation ? Pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il faut qu'on puisse armer le système sanitaire, et donc il faut organiser le système sanitaire en fonction des données qu'on connaît sur la maladie. On sait que c'est une maladie qui, dans 15% des cas, va provoquer des formes assez sévères, et qui, dans 5% des cas, va nécessiter une hospitalisation en réanimation, donc c'est mieux d'être prêt pour nos services de réanimation…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est mieux, c'est ce que vous vouliez nous dire en fait !

SIBETH NDIAYE
Exactement. La deuxième chose c'est que, évidemment, ce n'est pas nous qui allons décider du jour où la France est dans une situation épidémique, c'est les faits, scientifiques, toutes les décisions qu'on prend elles sont guidées par un rationnel scientifique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites on n'est pas encore en épidémie là ?

SIBETH NDIAYE
Non, on n'est pas encore…

ELIZABETH MARTICHOUX
A proprement parlé, dans la définition scientifique…

SIBETH NDIAYE
Non, dans la définition d'une épidémie, scientifique, il faut qu'il y ait des chaînes de transmission, dont on ne peut majoritairement pas retracer le patient zéro. Aujourd'hui, dans les trois quarts des cas, on peut retracer le patient zéro, il y a des endroits où le virus circule plus activement que dans d'autres, c'est le cas dans l'Oise, c'est le cas dans le Morbihan, probablement à Mulhouse, puisqu'on vu qu'il y avait eu un rassemblement religieux qui avait contribué à la diffusion de ce virus, donc…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est un facteur d'accélération, la propagation de la maladie, ce type de rassemblement avec des personnes infectées.

SIBETH NDIAYE
Evidemment le fait que… c'est la raison pour laquelle on a fait en sorte qu'il ne puisse plus y avoir de rassemblements dans des milieux confinés, avec des gens qui sont rassemblés, collés les uns contre les autres pendant un temps donné, et en milieu confiné, et en même temps. Je précise parce que, évidemment, entre le moment où moi je dis une information à la télé, ou Olivier VERAN, ou Jérôme SALOMON, ou les pouvoirs publics, et le moment où elle est reçue par les Français, dans leur oreille, parfois il y a des choses qui se perdent en route, notamment sur ce sujet des rassemblements collectifs, donc je préfère repréciser les choses.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'ailleurs, très rapide, la jauge – ce n'est pas très joli, mais enfin – la limite de 5000 personnes au-delà de laquelle on ne peut pas se rassembler, elle ne va pas baisser pour l'instant ?

SIBETH NDIAYE
Non, on n'envisage pas de la baisser, sauf dans les endroits où il y a vraiment une circulation active du virus, comme dans l'Oise par exemple, où on a interdit tous les rassemblements collectifs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous me disiez tout à l'heure, ce n'est pas une question d'heures, donc c'est une question de jours, on va s'installer encore quelques jours au stade 2, on va y rester là, il y a un palier on va dire.

SIBETH NDIAYE
Ecoutez, ce n'est pas moi qui le détermine, on regarde comment le virus progresse, peut-être qu'il y aura des accélérations, on a plutôt une cinétique qui est assez rapide dans le développement de la circulation du coronavirus, donc on est très attentif, c'est pour ça qu'on suit jour après jour le nombre de patients qui sont infectés, parce que ça nous permet de regarder à quelle vitesse l'épidémie se développe et dans quelles zones du territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, le stade 3, vous le répétez depuis plusieurs jours avec les autres experts, c'est quand le virus circule sur tout le territoire, et non plus sur des zones très identifiées. Il y a une certaine confusion quand même sur les conséquences qu'aura ce passage au stade 3 sur la vie quotidienne, à la fois on nous dit, je crois que vous l'avez dit, les contraintes vont finalement diminuer, et puis on sait que, par ailleurs, le stade 3, au contraire, ça peut entraîner des fermetures d'écoles en masse, des transports en commun, par villes, ou à l'échelle nationale, bref, ce sera plus lourd ou ce sera moins lourd le stade 3 pour nous ?

SIBETH NDIAYE
Alors, en fait ça dépend qui est le "nous." Si le "nous" est individuel, sans doute que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un "nous" individuel.

SIBETH NDIAYE
Alors, quand on regarde comment est-ce qu'on gère une épidémie au fur et à mesure qu'elle se développe et qu'elle s'installe dans un pays, dans un premier temps on entend parler dans un virus, c'est le coronavirus, le Covid-19, il est en Chine, on voit qu'il y a une épidémie en Chine. Notre objectif c'est de faire en sorte que le coronavirus n'arrive pas en France, ou en tout cas arrive le plus tard possible, le temps qu'on comprenne de quoi il s'agit, quelle est la réponse immunitaire du corps, est-ce qu'on peut avoir un médicament, etc., etc., donc on freine l'entrée du virus sur le territoire national. Et, du coup, à chaque fois qu'il y a des gens qui se présentent, venant de zones infectées, on leur fait prendre des précautions, "prenez votre température", "appelez le 15", etc. Et puis il y a un moment donné où le virus est arrivé en France, il commence à circuler, c'est le stade 2, et là on se dit notre objectif c'est freiner sa propagation, donc on va mettre beaucoup de contraintes, qui sont des contraintes, j'allais dire, qui vont être des contraintes collectives, on va fermer des écoles parce qu'on sait que les enfants sont potentiellement des vecteurs de transmission, et donc on se dit dans un territoire comme l'Oise, où manifestement il y a beaucoup de patients, pour ne pas augmenter le nombre de patients, vu qu'il y a des parents qui sont infectés, eh bien les enfants ne vont pas à l'école. Et ensuite, dans un troisième temps, une fois que l'épidémie elle s'est installée sur tout le territoire national, ça ne sert à rien de dire qu'on va empêcher les enfants d'aller à l'école, notre objectif c'est d'atténuer les effets de l'épidémie pour les individus, autrement dit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc on met le paquet sur le soin en fait, et sur la prise en charge des personnes qui sont identifiées comme malades.

SIBETH NDIAYE
Exactement, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, il n'y a pas d'écoles qui seront fermées ?

SIBETH NDIAYE
Il n'y a pas d'écoles qui seront fermées dans le stade 3, si on les ferme maintenant c'est pour empêcher que le virus se propage. Dans un second temps, quand on attrapera la maladie, j'allais dire de manière pas forcément… enfin n'importe où sur le territoire, ça n'aura plus forcément de sens d'avoir ce type de mesure. Je voudrais quand même préciser une chose…

ELIZABETH MARTICHOUX
Juste, encore une fois, pour la description de ce stade 3, vous nous dites pas question de fermer davantage d'écoles qu'aujourd'hui, les rassemblements ne seront pas plus limités qu'ils ne le sont aujourd'hui, c'est bien ce que vous nous dites ?

SIBETH NDIAYE
Alors évidemment…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas ce qu'on avait compris, c'est pour ça.

SIBETH NDIAYE
On fera – je sais que c'est difficile à comprendre, moi je ne suis pas épidémiologiste, d'ailleurs il y a peu d'épidémiologistes en France, comparé au nombre de Français, et donc c'est normal que ce soit compliqué de comprendre les mesures qu'on prend au fur et à mesure.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais…

SIBETH NDIAYE
Non, mais j'entends complètement, et je ne veux pas du tout dire les gens sont idiots, ou quoi, ou qu'est-ce, ce que je veux dire c'est que c'est compliqué à comprendre. Il y a des moments, par exemple, sur les rassemblements actuellement, il y a des rassemblements qu'on interdit et d'autres qu'on n'interdit pas, les matchs de foot, je sais que ça fait polémique, on se dit pourquoi tel match de foot on ne l'a pas interdit, alors qu'on a interdit le semi-marathon de Paris ? Il faut regarder quel est le sous-jacent scientifique derrière. Si on n'interdit pas un match de foot avec deux équipes qui viennent d'endroits où le virus ne se diffuse pas, c'est parce qu'on estime que scientifiquement, eh bien en fait ça ne va pas permettre de propager l'épidémie. En revanche, si vous me dites, demain il y a une équipe de foot qui vient de Lombardie, où il y a une circulation épidémique du virus, avec ses supporters, enfants, eh bien on interdira naturellement ce match, donc c'est vraiment…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord, donc ce sera au cas par cas, vous continuerez un peu à faire au cas par cas.

SIBETH NDIAYE
Il y a du cas par cas, évidemment, mais ce que je veux aussi dire c'est que, dans un stade 3, vous savez, on ne va pas arrêter la France. Notre pays est un pays qui est solide…

ELIZABETH MARTICHOUX
La vie ne s'arrêtera pas.

SIBETH NDIAYE
La vie ne s'arrêtera pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est un arbitrage du gouvernement, ça Sibeth NDIAYE ?

SIBETH NDIAYE
Mais non, ce n'est pas du tout…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous avez arbitré sur les contraintes en vous disant finalement nous on veut, par exemple, que la vie économique continue, dans l'intérêt des Français, et donc on va décider qu'à ce stade 3, eh bien finalement il y aura le moins de contraintes possibles, est-ce que c'est un arbitrage ou pas ?

SIBETH NDIAYE
Alors, en fait, le gouvernement, vous savez, suit des préconisations scientifiques et sanitaires, donc on ne se lève pas un matin sur un coin de table avec Edouard PHILIPPE et Olivier VERAN en se disant nous ça nous arrangerait plus que ce soit comme ci ou comme ça, on suit des préconisations scientifiques. Je voudrais dire deux choses. La première c'est que, chaque année, en France, il y a une épidémie de grippe, cette épidémie de grippe elle touche 2,5 à 3 millions de personnes, elle fait malheureusement plusieurs milliers de décès chaque année. Aujourd'hui on a plus de décès, en France, de la grippe, que dans le monde, du coronavirus. Ça ne veut pas pour autant dire que je minimise ce qu'est le coronavirus, parce que c'est une maladie nouvelle, émergente, qu'on ne connaît pas bien, on n'a pas encore de traitement…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est pour ça qu'on en fait beaucoup plus.

SIBETH NDIAYE
Evidemment, c'est normal…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est pour ça qu'on en fait beaucoup plus par rapport à la grippe saisonnière, qui tue bien davantage, à ce stade.

SIBETH NDIAYE
Mais bien sûr, c'est complètement normal, quand vous êtes devant l'inconnu, il faut que vous vous armiez face à cet inconnu, et donc on prend des précautions, qui sont des précautions qui nous paraissent raisonnables. Mais ce n'est pas nous qui disons quelle est la réponse scientifique sanitaire qu'il faut avoir dans un stade 3. Il faut avoir conscience que 80% des malades ont un gros rhume, une grosse grippe au maximum, et qu'il y a 20% de cas qui sont compliqués, on ne va pas arrêter le pays pour autant, il faut qu'il puisse y avoir de la continuité, de l'activité, et pour une bonne et simple raison, on a vu, pendant les grèves, que quand une infirmière, un médecin, ne pouvait pas accéder à l'hôpital, c'était plus compliqué pour soigner les gens. Donc moi je préfère qu'il y ait une continuité des transports, par exemple, notamment dans des grosses agglomérations, pour que le personnel, indispensable, puisse accéder facilement à ses lieux de travail.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore beaucoup de questions, est-ce que vous pouvez répondre de façon très synthétique ?

SIBETH NDIAYE
Plus court…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le président reçoit une trentaine de chercheurs tout à l'heure à l'Elysée, est-ce que ça peut être un facteur de déclenchement du stade 3 ?

SIBETH NDIAYE
Non, pas du tout, en fait l'idée c'est vraiment de la mobilisation pour la recherche française en direction du coronavirus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que le président est suivi médicalement de façon particulière ?

SIBETH NDIAYE
Non, il est suivi comme n'importe quel Français, s'il se mettait à avoir un gros rhume, évidemment, et qu'on pouvait tracer éventuellement le contact avec quelqu'un qui a été porteur de coronavirus, il se ferait tester, mais comme moi, mais comme n'importe qui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les élections municipales seront maintenues, c'est toujours la ligne ?

SIBETH NDIAYE
C'est toujours effectivement notre objectif, faire en sorte que les élections municipales soient maintenues, il n'y a pas de raison de les annuler, évidemment je comprends qu'il y ait de la peur, que les gens se disent est-ce que c'est une bonne idée d'aller dans un bureau de vote ? dans un bureau de vote vous y passer peu de temps, vous pouvez vous laver les mains au gel hydro-alcoolique, avant et après, faire tous les gestes qui font qu'on peut parfaitement aller voter en toute sérénité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les parents des élèves dont les écoles sont à ce jour fermées, peuvent se déclarer en arrêt de travail en ligne sur le site de la Sécurité sociale, c'est un arrêt maladie qui est indemnisé ?

SIBETH NDIAYE
Exactement. On a pris un décret le 31 janvier dernier, spécifiquement dans la prévision de ce stade 2 où on aurait des parents qui devraient garder leurs enfants, et donc on a une déclaration qui est très simple à faire, y compris par l'employeur, pour que le salarié puisse bénéficier d'indemnités journalières, pour 20 jours…

ELIZABETH MARTICHOUX
…Pour 20 jours maximum.

SIBETH NDIAYE
C'est pour 20 jours, parce qu'on sait que le temps de la maladie c'est 14 jours d'incubation, donc on a pris 20 jours.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Sibeth NDIAYE, on parlait des municipales, vous dites à ce stade elles sont maintenues…

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a aucun problème, il n'y a pas de risque. On va parler du débat hier soir sur LCI, sur les municipales à Paris, la bataille parisienne, on a vu la grande confrontation orchestrée par David PUJADAS sur notre antenne, avec sept candidats, dont votre ancienne collègue du gouvernement Agnès BUZYN, c'était sa première épreuve, du genre on va dire, quel était son état d'esprit d'ailleurs quand elle a terminée, elle était contente ?

SIBETH NDIAYE
Alors, je voudrais d'abord souligner une chose, dans un moment où le débat politique, franchement, parfois ça ressemble à un combat de boue, où les gens appellent toutes les 2 minutes à la révolte générale, vous expliquent qu'on est en dictature, ou en tout cas dans une démocratie tout à fait autoritaire, je voudrais souligner le fait qu'on a eu hier sept candidats, qui se sont parlés correctement, qui ont échangé des points de vue sur le fond, et honnêtement, en tant que téléspectatrice, ça fait du bien de voir qu'on peut faire de la politique sans s'écharper, sans s'insulter, et je voudrais vraiment le saluer d'un point de vue démocratique, et saluer aussi ce que cette chaîne a réussi à faire pour élever le débat démocratique. Après, je dirais qu'Agnès BUZYN était prête dans sa tête, elle savait qu'elle montait sur un ring, elle anticipait le fait de pouvoir être potentiellement la cible, comme ex-membre du gouvernement, de ses compétiteurs, je crois qu'elle a été très très…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle était satisfaite ?

SIBETH NDIAYE
Je pense qu'elle a été plutôt contente parce qu'elle a pu dérouler ce qui était important pour elle, au fond, c'était de montrer qu'elle avait envie de Paris, que ça venait de quelque chose d'assez profond de pouvoir se mettre au service de ses concitoyens, et puis elle a donné son programme, elle a donné ses idées, moi je pense que c'était important et qu'elle en était plutôt contente.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, vous me dites qu'elle s'en est bien tirée, c'est le contraire qui aurait été étonnant, mais au vu de ce qu'elle a "donnée" hier soir, quels sont ses atouts, selon vous, et quelles sont encore ses faiblesses ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que c'est une femme qui a évidemment beaucoup de compétences, elle a eu à gérer des crises, donc administrer une ville, diriger une ville, je crois que c'est très largement à sa portée, et même au-delà. Peut-être que si elle avait une faiblesse, dans le monde qui est celui qu'on a aujourd'hui, ce serait de dire que ce n'est pas une femme politique traditionnelle, qu'elle n'a pas coché le cursus honorum d'être élue…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous en faites une force, ce n'est pas une vraie faiblesse ?

SIBETH NDIAYE
Il y a des gens qui considèrent que c'est une faiblesse, moi je ne crois pas du tout. Je ne crois pas non plus que ce soit une faiblesse de ne pas être, comment dire, vindicative à l'égard de ses adversaires, parce que je pense qu'en fait les gens en ont ras les couettes que le débat politique ce soit des hurlements et des attaques systématiques, donc, au fond, je serai très heureuse de pouvoir voter pour elle le 15 mars.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ras les couettes. Sa faiblesse c'est aussi sa position dans les sondages, avec notre partenaire Harris Interactive Epoca, 17% hier, le dernier sondage, alors que Rachida DATI est à 25 et Anne HIDALGO à 24. Le 17 c'est loin, mission impossible quand même, non ?

SIBETH NDIAYE
Ecoutez, l'élection n'est pas du tout faite, on est encore à une grosse dizaine de jours du scrutin, donc moi je crois qu'il faut continuer à travailler. Elle est arrivée, on ne va pas se mentir, dans des circonstances qui sont difficiles…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est rattrapable.

SIBETH NDIAYE
Evidemment, sinon on ne ferait pas de la politique, si on pensait que tout était figé on ne se battrait jamais !

ELIZABETH MARTICHOUX
Cédric VILLANI est apparu assez central hier au cours de ce débat, pas d'attaque frontale, ni de sa part d'ailleurs, ni contre lui, on a même noté une certaine bienveillance d'Anne HIDALGO à son égard, il pourrait y avoir un rapprochement de second tour entre VILLANI et HIDALGO ?

SIBETH NDIAYE
Alors, je ne vais pas me pencher sur les calculs que pourrait faire secrètement dans sa tête Anne HIDALGO en vue du second tour de l'élection municipale, moi je crois que, au fond, Cédric VILLANI reste quand même un cousin de la famille majorité présidentielle, et donc, évidemment, j'ai été très déçue de la décision qu'il a prise, je l'ai dit à de nombreuses reprises, je pense que c'était une mauvaise décision, parce que ce n'est pas bien de diviser sa famille politique. Après, sur le fond, il n'y a pas de rupture majeure avec Cédric VILLANI et vis-à-vis de La République en marche…

ELIZABETH MARTICHOUX
Rien d'irréparable ?

SIBETH NDIAYE
Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose d'irréparable, et donc on verra ce que sera le second tour de l'élection municipale, mais en tout cas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Toutes les alliances sont possibles pour gagner Paris ?

SIBETH NDIAYE
Alors, avant de se poser la question des alliances du second tour, essayons de bien vivre et d'être le plus haut possible au premier tour.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas cousin de LREM, c'est ce que vous dites pour VILLANI !

SIBETH NDIAYE
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc il est toujours dans la famille, effectivement, vous considérez.

SIBETH NDIAYE
Il le dit lui-même.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez commencé par dire que c'était un débat de très bonne tenue, est-ce que le fait qu'il y ait beaucoup de femmes a pu jouer ?

SIBETH NDIAYE
Je n'aime pas tellement me dire que la politique est genrée, mais je pense malgré tout que, en fait ce n'est pas tout à fait la même approche des choses et que, manifestement, il y a eu une volonté d'avoir quelque chose qui soit apaisé, et, au fond, c'est comme ça qu'on comprend mieux les idées qui sont développées. Quand on se parle les uns sur les autres, quand en fait on ne s'écoute pas parler les uns les autres, on a peu de chances de réussir à argumenter de manière intelligible, et au fond, dans le monde dans lequel on vit, eh bien les Français ils ont besoin que ce soit clair, que ce soit compréhensible, et j'espère que ça a été le cas, je le crois, hier.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, deux questions encore, importantes. D'abord la décision de la justice française qui requalifie les chauffeurs VTC UBER en salariés, c'est le nouveau monde qui est rattrapé par les bonnes vieilles règles sociales dans le fond.

SIBETH NDIAYE
Non, je pense tout simplement que… alors il y a une jurisprudence et une jurisprudence dont on verra comment elle vivra dans les mois et les années à venir, ce qui est surtout important de comprendre c'est que, il y avait un modèle, avant, dans le monde du travail, qui était le salariat, ce modèle il a été percuté par ce qu'on appelle "l'ubérisation", le fait qu'il y ait des plateformes qui se développent avec l'auto-entreprenariat. Peut-être que, et c'est d'ailleurs ce qu'a souhaité le gouvernement, qu'on ait une réflexion sur comment est-ce que le monde du travail évolue, il y a quelques dizaines d'années tout le monde rentrait dans le monde du travail par CDI, aujourd'hui c'est du CDD, ça pose des questions sur cette évolution-là. Moi je préfère qu'on ait une réflexion juridique, j'allais dire même presque philosophique, sur le rapport au travail, c'est l'objet d'un certain nombre de missions qui ont été lancées, je pense que la question elle se pose vraiment et qu'on doit y apporter une réponse qui soit encadrée juridiquement pour tout le monde.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, un sujet grave, c'est la Turquie qui menace l'Europe d'ouvrir ses frontières aux millions de migrants qui voudraient venir, par exemple en France. Jean-Yves LE DRIAN, d'abord, il a dit, répété, que ce chantage d'Ankara est inacceptable. J'allais dire, en bon français "so what", et alors, une fois qu'on a dit ça, qu'est-ce qui se passe ?

SIBETH NDIAYE
Il faut peut-être d'abord comprendre qu'elle est la situation aujourd'hui en Syrie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Moi je vous demande la position de la France.

SIBETH NDIAYE
En Syrie on a des dizaines, des centaines de milliers, aujourd'hui on évalue de l'ordre de 3 millions, des gens qui sont pris, quelque part, en otages, dans une poche qui s'appelle la province d'Idlib. Dans cette poche, en Syrie, on a des situations humanitaires épouvantables, on a une armée syrienne, du régime syrien, qui a décidé de reprendre cette province, alors qu'elle était plutôt sous protectorat turc on va dire, et évidemment ça nous conduit à avoir une situation épouvantable d'un point de vue humanitaire. D'abord on pense qu'il faut une réponse européenne, de solidarité vis-à-vis de la Grèce, pour faire en sorte qu'on puisse apporter de l'aide à la Grèce, on a débloqué 700 millions d'euros hier…

ELIZABETH MARTICHOUX
De l'aide à la Grèce pour accueillir…

SIBETH NDIAYE
De l'aide à la Grèce pour protéger les frontières et apporter une réponse humanitaire à ceux qui ont besoin de cette réponse humanitaire aujourd'hui. Nous ne céderons pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Si jamais les frontières étaient, d'une certaine façon, percées, par tous ces migrants qui veulent à tout prix, des hommes, des femmes, des enfants, venir chez nous, si elles étaient débordées, est-ce que la France accueillerait des migrants sur son territoire ?

SIBETH NDIAYE
D'abord il faut comprendre géographiquement à quoi ça ressemble. Aujourd'hui il n'y a pas de migrants partis, de réfugiés partis de Syrie, qui ait franchi la frontière turque pour traverser la Turquie et arriver en Grèce, je veux juste le dire. Les images qu'on voit c'est le chantage…

ELIZABETH MARTICHOUX
On a vu un reportage ce matin.

SIBETH NDIAYE
Le chantage qui est exercé par les Turcs, en faisant en sorte que des personnes qui étaient déjà sur leur territoire, avant les derniers événements qu'on a connus à Idlib, qu'elles soient poussées vers la frontière grecque, donc on voit bien l'instrumentalisation absolument abominable qui est réalisée par les Turcs.

ELIZABETH MARTICHOUX
ERDOGAN a dit "ce n'est pas vrai, je ne fais pas de chantage."

SIBETH NDIAYE
Evidemment qu'il y a du chantage qui est exercé en direction de l'Union européenne, et évidemment que ce chantage il a vocation à nous faire intervenir sur le territoire syrien…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et auprès de POUTINE.

SIBETH NDIAYE
Auprès de POUTINE, on a une activité diplomatique intense, le président de la République a eu des échanges avec la Russie, parce que, évidemment, nous souhaitons que l'offensive de l'armée syrienne, telle qu'elle a été menée, cesse, parce qu'elle contrevient à tous les accords internationaux, Astana, Sotchi, qui ont eu lieu jusqu'à maintenant.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Il ne peut pas y avoir d'initiative française, il n'y aura d'initiative qu'européenne ?

SIBETH NDIAYE
Nous pensons que nous devons agir dans un cadre européen, mais nous sommes extrêmement leaders dans ce cadre européen puisque nous avons poussé pour qu'il y ait une réunion des ministres de l'Intérieur, avec Christophe CASTANER, elle a eu lieu hier, une réunion des ministres des Affaires étrangères, je crois qu'elle aura lieu vendredi, à la fois pour affermir la position européenne, et surtout pour dégager les moyens nécessaires pour l'intervention humanitaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour aider les Grecs, l'Europe ne laissera pas les Grecs…

SIBETH NDIAYE
On ne laissera jamais tomber les Grecs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a urgence, quand même, à intervenir. Merci…

SIBETH NDIAYE
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'avoir été ce matin, Sibeth NDIAYE, sur le plateau de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2020