Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur les relations avec la Turquie, au Sénat le 4 mars 2020.

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Circonstance : Question d'actualité au Sénat

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Texte intégral

Monsieur le Sénateur,


Bienvenue au club de la conversation sur la Turquie. Vous avez raison de souligner ces ambiguïtés. J'en ai relevées quatre, au moins.

D'abord, comme vous l'avez rappelé, en octobre dernier, la Turquie mène une intervention unilatérale contre nos alliés kurdes, dans le cadre de la coalition contre Daech, dont est membre l'OTAN dont elle-même fait partie. Première ambiguïté.

Par ailleurs, la Turquie a décidé unilatéralement de délimiter des zones maritimes de juridiction propre, en contradiction avec le droit de la mer. Bon, nous le contestons, mais en plus, elle mène des manoeuvres militaires contre un autre pays membre de la même alliance qu'elle, la Grèce, en attendant d'autres acteurs, - j'espère pas nous. Deuxième ambiguïté.

Troisième ambiguïté : la Turquie vient de demander un soutien militaire et des mesures de réassurance dans le domaine de la défense aérienne et de la défense anti-missiles et dans le même temps, -elle vient de demander à l'OTAN-, et dans le même temps, elle achète du matériel S400 à la Russie dont l'interopérabilité au sein de l'OTAN n'est pas avérée, au contraire. Troisième ambiguïté.

Quatrième ambiguïté : quand elle se trouve attaquée à Idlib, alors la Turquie se retourne vers l'OTAN en disant "je veux l'application de l'article 4" qui demande la solidarité des alliés. Ce n'est pas l'article 5, l'article 4 : il faut ouvrir des conversations. Nous ouvrons les conversations. Nous disons : oui, vous êtes dans l'Alliance, l'article 4 s'applique, nous ouvrons des conversations. Mais dans le même temps, la Turquie instrumentalise avec cynisme les migrants, j'ai évoqué cela tout à l'heure. Quatrième ambiguïté.

Alors, oui, Monsieur le Sénateur, la grande explication s'impose. Elle s'impose dans nos relations, nous, avec la Turquie. Mais elle s'impose aussi au sein de l'Alliance. Le président de la République a demandé à ce qu'il y ait une réflexion stratégique de l'OTAN qui soit mise à l'oeuvre. Eh bien, je crois que cela fait partie de cette discussion.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 mars 2020
 

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