Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à France 2 le 29 novembre 2019, sur le blocage de dépôts pétroliers par des entreprises du BTP, le Black Friday, la réforme des retraites et la promotion du made in France.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Thématique(s) :

Texte intégral

GUILLAUME DARET
Bonjour. DAMIEN THEVENOT Ce matin, vous recevez Agnès PANNIER-RUNACHER.

GUILLAUME DARET
Oui, avec la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, on va notamment évoquer cette polémique autour du Black Friday.
Bonjour à tous. Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Merci d'être avec nous ce matin. Commençons d'abord par ces blocages dans plusieurs endroits en France, des professionnels du BTP qui bloquent ce matin plusieurs dépôts pétroliers pour s'opposer à la suppression de la fiscalité réduite sur le gazole non routier. Comment est-ce que vous réagissez à cela, est-ce que vous êtes prêts à retirer cette mesure, à revenir sur cette mesure ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas que ce soit d'actualité. C'est une mesure que nous avons prise après avoir concerté longuement les professions en question, parce que le gazole non routier, ça pollue. C'est une essence qui pollue, elle bénéficiait d'une fiscalité favorable. On essaie de mettre en accord nos paroles et nos actes, et donc de constater que cette essence émet du CO2. Mais on a accompagné les professions. On fait cette réduction de fiscalité sur 3 ans, on a mis en place des mesures qui permettent aux professionnels de changer d'outils, parce que lorsque vous avez une machine du BTP, vous ne pouvez pas la changer du jour au lendemain, donc on accompagne ce changement de façon à ce qu'ils puissent avoir accès à des machines qui fonctionnent avec des énergies plus vertes. Donc c'est une vraie transformation et c'est très logique, avec notre politique économique, et avec la volonté d'accompagner la transition écologique et énergétique.

GUILLAUME DARET
Alors, je le disais, c'est aujourd'hui le fameux Black Friday, cette journée de promotions importée des Etats-Unis, une journée qui fait polémique. Plusieurs députés souhaitent tout simplement la supprimer et l'interdire. Votre collègue Elisabeth BORNE dénonce, je cite, une frénésie de consommation. Alors est-ce que vous êtes favorable, oui ou non, à l'interdiction du Black Friday

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'enjeu du Black Friday c'est comment on consomme. Moi je pense que les Français sont assez matures pour faire leur choix, mais c'est vrai que votre acte de consommation il est susceptible de faire bouger les lignes. Il a autant de force...

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'il faut une interdiction ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
... autant de force que parfois le vote dans les urnes, et c'est très important que les Français se saisissent de ce pouvoir-là. Moi, je ne crois pas qu'il faille interdire, notre sujet n'est pas de donner des leçons aux français, et en plus, les promotions, on trouvera d'autres formes, enfin le marketing n'a pas de limites, donc le sujet c'est plutôt de donner les outils aux Français, et notamment la transparence sur la façon dont les plateformes travaillent, sur la façon dont les produits sont fabriqués, et d'inciter les Français à aller vers du... plus de l'achat de proximité, chez leurs commerçants, et d'aller aussi vers de l'achat français, du made in France, du fabriqué en France. C'est possible et il faut les accompagner dans cette direction et leur rendre ça désirable.

GUILLAUME DARET
Ça ne pose aucun problème écologique cette pratique d'une consommation extrêmement forte pour vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien sûr que ça pose des problèmes écologiques, mais comme tout acte de commande qui donne lieu à du transport et de la logistique. Donc tous les jours vous avez des camions qui circulent avec des colis. Et ce n'est pas juste le vendredi. Ce qui est important c'est qu'on se saisisse de cette responsabilité. Ce qui va faire changer l'économie, ce qui va permettre la transition écologique, c'est de nous amener, nous, à consommer de manière responsable, mais il faut donner envie aux Français, il ne faut pas leur imposer des oukases et leur donner des leçons. Ce n'est pas notre objectif.

GUILLAUME DARET
Il y a des associations qui appellent carrément à des opérations coup de poing, aujourd'hui, dans des grands magasins. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Il y a eu des blocages hier par exemple devant des dépôts AMAZON.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je crois qu'il ne faut pas tout mélanger. Nous, on est très attentif à ce qui se passe sur les plateformes et on veut dire aux Français, on a fait une enquête mystère avec la DGCCRF, en allant regarder des produits, en commandant des produits à très bas prix, de la bijouterie, du jouet, ce type de petits produits d'achat d'impulsion, on s'est aperçu qu'un produit sur deux, un produit sur deux ne respectait pas la réglementation européenne en matière de sécurité. C'est assez grave. C'est ça contre lesquels on doit lutter aujourd'hui.

GUILLAUME DARET
Vous condamnez les blocages, des opérations coup de poing éventuelles aujourd'hui dans ces grands magasins ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, moi je suis contre toute forme de violence. En revanche, j'invite les Français à se poser la question, c'était Mounir MAHJOUBI qui proposait ça, de penser à un French Friday. Consommer à la française, consommer du made in France, consommer chez ses commerçants de proximité, c'est rendre service à l'économie et c'est se faire plaisir.

GUILLAUME DARET
Donc pas question non plus de...

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ne boudons pas notre plaisir.

GUILLAUME DARET
Pas question non plus de boycotter AMAZON, par exemple, comme certains le demandent depuis quelques jours, notamment effectivement après le la note rendue par Mounir MAHJOUBI, qui dit que ça aurait détruit près de 8 000 emplois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je pense que c'est une très bonne question. Moi je travaille pour redévelopper le commerce de proximité, je travaille pour faire attention à ne pas opposer commerce de proximité et périphérie, et effectivement il faut être attentif. Modèle de digitalisation, AMAZON n'est ni un affreux tyran, c'est à nous de faire nos choix de consommation, c'est nous qui allons changer le monde dans la manière dont on va consommer et c'est une responsabilité globale que nous avons tous, et c'est même très intéressant et je le redis, le fabriqué en France ça existe, c'est qualitatif, c'est profitable.

GUILLAUME DARET
On va en reparler dans un instant, parce qu'il sera d'ailleurs mis en valeur à l'Elysée, dans quelques semaines. Un mot d'abord évidemment sur la réforme des retraites, deux tiers des Français jugent le mouvement contre la réforme des retraites, justifié, selon un sondage Odoxa publié ce matin. Est-ce que vous redoutez finalement ce spectre de la grève de 1995 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je ne le redoute pas, parce que je crois que la situation est très différente. Le régime de retraite que nous cherchons à mettre en place, c'est un régime qui est universel, c'est-à-dire que finalement on répond à une demande des Français qui est de dire, il y a deux poids, deux mesures sur les régimes de retraite de notre pays. Ce n'est pas juste, donc nous travaillons à un régime universel. C'est un régime qui est plus équitable, qui va notamment permettre aux femmes qui aujourd'hui ont des pensions de retraite largement inférieures à celles des hommes, parce qu'elles ont eu des interruptions de carrière, notamment lorsqu'elles ont eu des enfants, d'avoir une meilleure retraite. Et puis il faut redire l'objectif, l'objectif de ce régime de retraite c'est de ne pas avoir de retraite inférieure à 1 000 € lorsqu'on a une carrière complète. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, je le dis.

GUILLAUME DARET
Comment on pourrait éviter que toute la France soit bloquée la semaine prochaine ? Vous allez participer notamment aujourd'hui à des rencontres avec le Premier ministre, pour faire en sorte qu'il y ait le moins d'impact possible, je cite, sur la vie des Français. Vous, dans votre domaine, ça passe par quoi ? Par exemple des cotisations, des charges sociales qui peuvent être décalées pour les entreprises qui rencontreraient des difficultés ? Ça se traduit comment ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, moi mon sujet c'est effectivement le volet économique, c'est d'être attentif à ce qui se passe sur le terrain et de voir s'il n'y a pas d'impact ponctuel dans certaines zones, parce que la circulation est bloquée, et de faire en sorte d'accompagner les commerçants, mais comme je l'ai fait au moment des Gilets jaunes, comme je l'ai fait aussi lorsqu'on a organisé le G7 à Biarritz, vous avez des événements qui peuvent avoir un impact, qui n'est pas provoqué par le commerçant lui-même. Donc il faut les accompagner, et c'est possible qu'on utilise ces outils, maintenant ils sont mis en place.

GUILLAUME DARET
Alors, vous parliez justement de la promotion du made in France, il y a quelques instants, Emmanuel MACRON et l'Elysée accueilleront les 18 et 19 janvier une exposition dédiée aux produits fabriqués en France. Tous les départements, en métropole, outre-mer, seront représentés. Comment ça se passe concrètement ? Qui peut candidater ? Quels seront les produits retenus ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, chaque préfet, dans chaque département, est en train de rassembler des idées de produits qui sont fabriqués en France. L'objectif c'est de mettre en valeur un certain nombre de labels, des indications géographiques également. Dans les labels, il y a notamment un label qui est « origine France garantie », qui va plus loin que le made in France, c'est-à-dire qui garantit que plus de 50 % du produit a bien été fait en France. Le made in France c'est la dernière grande transformation. Et l'objectif c'est de montrer que, de manière ludique, que l'on peut s'équiper complètement français, qu'on peut s'habiller, qu'on peut acheter une voiture, que l'on peut acheter de la technologie française, et donc de mettre en valeur des produits, à l'Elysée...

GUILLAUME DARET
Totalement français, et tout cela sera mis en valeur à l'Elysée, dans une forme évidemment de Journées du patrimoine économique français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, ouvert à tous les Français, vous pourrez vous inscrire et visiter l'Elysée et toucher ces produits.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 décembre 2019