Interview de M. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, à France Info le 30 octobre 2019, sur la politique du logement.

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Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Vous lisez Valeurs Actuelles ?

JULIEN DENORMANDIE
Ça m'arrive de consulter des articles de Valeurs Actuelles. Vous savez, quand vous êtes un ministre, c'est important de pouvoir lire tous les organes de presse quel que soit leur fond de pensée si je puis dire.

MARC FAUVELLE
Vous lirez donc l'interview d'Emmanuel MACRON. Vous achèterez le numéro ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai même déjà lu l'interview d'Emmanuel MACRON qui est une interview importante. Vous savez, quand vous êtes président de la République, c'est important de pouvoir vous adresser à tous les Français. Vous êtes président de tous les Français.

MARC FAUVELLE
Y compris des lecteurs d'un hebdomadaire à la droite de la droite ? C'est le même hebdomadaire, je crois, qui vous qualifiait d'imbécile heureux de la politique il y a quelques mois.

JULIEN DENORMANDIE
Bien entendu. Mais bien entendu et fort heureusement. Et je dirais même peut-être encore plus quand certains ne sont parfois pas convaincus, parfois très critiques, parfois emploient les qualificatifs que vous venez de dire. Mais notre responsabilité au premier rang desquelles celle du président de la République, c'est de pouvoir parler, exposer, échanger. Donc c'est à mes yeux en tous points important que le président de la République puisse s'exprimer y compris dans un média tel que Valeurs Actuelles bien évidemment.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Julien DENORMANDIE, quand Emmanuel MACRON bombe le torse sur les questions de l'immigration dans Valeurs Actuelles, est-ce qu'on ne peut pas dire que le président de la République braconne sur les terres de l'extrême droite ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je vois votre point. Mais, je vous le dis très clairement, non. L'immigration aujourd'hui, ç'a été un tabou pour beaucoup de personnes et ç'a été un totem pour d'autres. Un totem pour tous les extrêmes. Moi je suis désolé, en tant qu'engagé politique républicain croyant aux valeurs de la République, je considère qu'il est de notre devoir de parler aussi d'immigration, précisément parce que je ne veux pas que demain ce sujet de l'immigration soit géré par les extrêmes. Précisément.

MARC FAUVELLE
Et c'est donc en en parlant dans un magazine ultra-conservateur que vous pensez qu'on va éliminer ce débat ?

JULIEN DENORMANDIE
Non mais, attendez, vous parlez d'une interview là, mais ça fait plusieurs mois que le sujet a été mis sur la table et dans l'agenda par le président de la République lui-même. On a organisé un débat à l'Assemblée nationale. Le Premier ministre a indiqué six orientations très claires pour avancer sur ce sujet. Des annonces seront faites dans les prochaines semaines par le gouvernement sur ce sujet. Donc on a établi un cadre, un cadre posé, un cadre apaisé, un cadre disant justement : « ça n'est pas un tabou pour certains et un totem pour d'autres. » Ça doit pouvoir un véritable moment, un véritable sujet d'échange entre les Français. C'est ce qu'on a organisé, c'est ce qu'on a fait et on aura maintenant, dans les prochaines semaines, dans les prochains jours, l'occasion – le gouvernement – de montrer les annonces suite notamment aux débats ayant eu lieu à l'Assemblée nationale et au Sénat.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Julien DENORMANDIE, six cent douze SDF sont morts dans la rue l'année dernière, statistique terrible. C'est 15% de plus que l'année précédente. Ecoutez Géraldine FRANCK, la présidente de ce collectif Morts dans la rue sur Franceinfo.

GERALDINE FRANCK, PRESIDENTE DU COLLECTIF LES MORTS DE LA RUE
Nos chiffres ne sont pas exhaustifs puisque nous prenons connaissance des décès par nos partenaires, par les associations, les institutions et les médias. Et on sait par un travail de rapprochement qui a été fait avec un institut que les vrais chiffres sont six fois supérieurs aux chiffres que nous-mêmes on avance.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Pourquoi autant de morts ? Pourquoi des centaines de morts dans les rues de France ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que la rue, ça tue et que malheureusement vous avez des milliers de personnes qui encore aujourd'hui sont dans la rue. C'est des drames. C'est des drames atroces. Des personnes qui sont dans une très grande détresse et qui, pour plusieurs centaines d'entre eux, succombent à ce que la rue apporte. Parce que la rue, elle tue. Elle tue l'hiver, elle tue aussi l'été d'ailleurs. Donc moi j'ai la responsabilité, au sein du gouvernement, de gérer ce qu'on appelle l'hébergement d'urgence. De donner un…

JEAN-JEROME BERTOLUS
« Le système est au bord de l'embolie », c'est le mot effectivement du patron du Samu Social à Paris.

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui, il faut que vos auditeurs s'en rendent compte, aujourd'hui… Ce soir par exemple, il y aura à peu près cent cinquante mille places d'hébergement d'urgence ouvertes par l'Etat avec les collectivités, les associations. C'est l'équivalent d'une ville comme Le Mans. Comme Le Mans. C'est ça le système aujourd'hui existant.

MARC FAUVELLE
Est-ce que le nombre est suffisant pour accueillir aujourd'hui tous ceux qui pourraient y aller ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est le problème. C'est qu'en dépit de cet effort, et cet effort il a été accru de manière extrêmement significative depuis deux ans. On a ouvert et pérennisé plus de quinze mille places supplémentaires. En dépit de ces efforts, vous avez encore des milliers de personnes qui dorment à la rue. Alors à partir de cette fin de semaine, on rentre dans ce qu'on appelle la période hivernale.

MARC FAUVELLE
La trêve locative des expulsions qui va durer cinq mois.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et dans cette période hivernale pour prévenir des températures qui vont baisser, on redouble d'efforts. C'est-à-dire qu'on va ouvrir des places temporaires supplémentaires, quatorze mille de plus, ce que…

MARC FAUVELLE
Ce que vous nous annoncez ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Ce que je vous annonce aujourd'hui.

MARC FAUVELLE
Quatorze mille en plus, le temps d'un hiver uniquement.

JULIEN DENORMANDIE
Le temps d'un hiver et une partie d'entre elles d'ailleurs seront pérennisées à la sortie de l'hiver. Quatorze mille de plus. Dans le budget que je vais présenter dans quelques jours à l'Assemblée nationale, c'est cent millions d'euros supplémentaires qu'on met sur l'hébergement d'urgence et les politiques de logement.

MARC FAUVELLE
Pour être très clair, ce sont des places qui s'ajoutent aux cent cinquante mille places d'hébergement d'urgence dont vous avez parlé il y a quelques instants.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

MARC FAUVELLE
Et c'est quatre cent soixante-trois mille. Pardon pour l'addition de bon matin.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et c'est des places qui seront ouvertes en fonction des températures, en fonction des besoins. Mais ce qui est très important de comprendre, c'est que moi j'agis avec énormément de détermination parce que chaque personne qui décède est un immense drame. Parce que chaque personne à la rue est un échec collectif, un échec de société. Comment dans notre société on peut vivre avec autant de personnes à la rue ? Et donc j'agis avec énormément de détermination, en ouvrant de plus en plus de places, en accompagnant, en allant vers et en travaillant avec les élus locaux et les associations. Mais il faut aussi avoir beaucoup d'humilité face à ça, beaucoup d'humilité. Parce qu'en dépit de tous ces efforts, vous avez encore des personnes qui dorment à la rue. Vous avez parfois des femmes et des enfants et malheureusement de plus en plus.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Des familles.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc il faut continuer à agir avec cette détermination et trouver aussi des solutions de long terme pour sortir ces personnes de la précarité.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Julien DENORMANDIE, ces personnes qui dorment dans la rue, ces familles qui dorment dans la rue, c'est parfois, souvent, des personnes qui ont été expulsées de leur logement. La Fondation Abbé Pierre établit un triste record : en 2018, il n'y a jamais eu autant de Français expulsés, trente-six mille au total. C'est un triste record. Est-ce qu'aujourd'hui vous dites aux préfets : « stop ! Modérez effectivement les expulsions avec le concours de la police » ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui. On travaille beaucoup sur cette politique de lutte contre les expulsions. Comment il faut faire ? Parce que là aussi, c'est des vies qui parfois sont brisées. Mais comment il faut faire ? Il faut prévenir. Quand une personne a un problème de paiement de son loyer, dès lors qu'elle est accompagnée par des travailleurs sociaux, dans la majeure partie des cas on trouve des solutions. Dans la majeure partie des cas. Et donc depuis deux ans maintenant, on a mis en place cette politique d'accompagnement. Sur les chiffres que vous donnez, ce qu'il faut bien avoir en tête c'est qu'entre le début des années 2000 et environ 2015, les expulsions ont explosé : plus 180%. Depuis 2016, elle se stabilise ou augmente un peu mais autour de quinze mille expulsions, quinze mille ménages, d'où les trente-six mille.

MARC FAUVELLE
D'où les trente-six mille. Il y a deux personnes en moyenne par chaque foyer.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Mais donc aujourd'hui, on a arrêté cette augmentation drastique, cette explosion des expulsions, précisément en accompagnant le plus en amont possible. C'est-ce qu'on continue à faire parce qu'il faut à chaque fois pouvoir éviter en trouvant des solutions. En protégeant les propriétaires et en protégeant les locataires. C'est ça l'action que nous menons.

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, ministre de la Ville et du Logement, est avec nous jusqu'à neuf heures. On va évoquer la situation à Marseille, l'habitat indigne, dans quelques instants. On est quasiment un an après l'effondrement de plusieurs immeubles de la rue d'Aubagne. On parlera également des APL, vous nous direz si vous avez l'intention ou non de les baisser à nouveau d'ici la fin du quinquennat. (…)
- Julien DENORMANDIE, il y a quasiment un an huit personnes trouvaient la mort à Marseille dans l'effondrement de plusieurs immeubles de la rue d'Aubagne, à deux pas du Vieux Port. Dans la foulée, des centaines d'autres immeubles ont été évacués parce qu'on a craint qu'ils tombent eux aussi. Des milliers de Marseillais ont dû être relogés temporairement. Qu'est-ce que vous leur dites à ceux qui n'ont toujours par retrouvé une solution définitive ? « Soyez patients » ?

JULIEN DENORMANDIE
Je leur dis que je suis à leurs côtés. Je crois d'ailleurs qu'ils le savent parce que la rue d'Aubagne pour moi a été un événement extrêmement fort. Je suis arrivé sur le site avant que le troisième immeuble ne s'effondre. J'ai accompagné les marins-pompiers de Marseille qui ont fait un travail extraordinaire tout au long de la première journée, de la première soirée où on n'avait pas de nouvelles des familles. Et puis depuis ce drame, je suis retourné à Marseille peut être huit ou neuf fois pour rencontrer des collectifs, les accompagner, mettre en oeuvre les procédures d'urgence. Il y a à peu près trois mille cinq cents personnes qui ont été évacuées, un peu moins de quatre cents immeubles qui ont été évacués. Aujourd'hui il reste encore quelques centaines de personnes dans des hôtels, donc dans des logements très provisoires. Et donc pendant un an, on a géré au mieux l'urgence avec les collectivités locales d'abord en essayant de faire en sorte que les familles puissent retrouver leurs immeubles. C'est à peu près la moitié des immeubles qui ont été réintégrés.

MARC FAUVELLE
Il y en a qui ne vont jamais rentrer chez eux probablement.

JULIEN DENORMANDIE
Et puis deuxièmement, c'est d'organiser la reconstruction de Marseille et c'est la phase qu'on a aujourd'hui entamée. La reconstruction d'un Marseille mais d'un Marseille…

MARC FAUVELLE
Organiser la reconstruction de Marseille ? On parle d'une ville en France en 2019, il n'y a pas eu de bombardements à Marseille.

JULIEN DENORMANDIE
Non mais ce fléau de l'habitat indigne, vous savez, moi j'en ai fait un marqueur au premier jour de mon action. J'ai dit au premier jour : le ministre du Logement, ça ne doit pas être que le ministre de la construction, ça doit être aussi le ministre de la rénovation…

MARC FAUVELLE
… à part aujourd'hui en France ?

JULIEN DENORMANDIE
Marseille est un cas particulier, on va dire, mais malheureusement ce fléau de l'habitat indigne il existe dans beaucoup de villes dans notre pays. Plusieurs centaines de milliers de logements. Et donc aujourd'hui, on entame justement cette reconstruction, c'est-à-dire cette rénovation.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Vous avez signé notamment une charte avec la métropole et la ville qui vise à réhabiliter mille huit cents logements. Vous nous dites que vous avez été huit ou neuf fois à Marseille, vous mouillez la chemise en quelque sorte, et pourtant est-ce que c'est suffisant ? Ecoutez Kaouther BEN MOHAMED, elle a fondé Marseille en colère et elle vous en demande beaucoup plus.

KATOUTHER BEN MOHAMED, FONDATRICE DE L'ASSOCIATION MARSEILLE EN COLERE
Nous ne pourrons sortir de cette crise et de la gestion de l'urgence que lorsque des milliards seront débloqués au niveau de l'Etat, de la métropole et de la ville afin de pallier au vrai problème, c'est-à-dire l'abandon de la ville depuis cinquante ans et donc à la réhabilitation, rénovation et construction de logements, là où ça n'a pas été fait depuis cinquante ans.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Juste un chiffre : selon la Fondation Abbé-Pierre, cent mille Marseillais s'entassent dans quarante mille taudis.

JULIEN DENORMANDIE
Oui. Mais c'est exactement ce que je viens de vous dire. C'est qu'on a un défi énorme à Marseille et aussi dans quelques autres villes. Un défi énorme qui est de réhabiliter tous ces logements. Alors la question, c'est comment on fait ? On doit d'abord mettre les moyens en face de nos ambitions.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Est-ce que c'est une tache indélébile pour le maire Jean-Claude GAUDIN

JULIEN DENORMANDIE
Ça, c'est aux Marseillais de le dire.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Non mais vous, qu'est-ce que vous leur dites ?

JULIEN DENORMANDIE
Je dis que c'est aux Marseillais de le dire. Aujourd'hui vous avez une situation qui est ce qu'elle est, c'est-à-dire une situation où effectivement vous avez beaucoup d'immeubles à réhabiliter, à rénover. Moi mon rôle, il n'est pas de dire « c'est de la faute d'untel ou d'untel », mon rôle…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Non mais vous pourriez par exemple, y compris… Il y a une enquête de Mediapart et il y a une enquête de Marsactu qui montre que même dans le patrimoine de la ville de Marseille, il y a plus d'une cinquantaine d'immeubles au centre de Marseille, par exemple dans le quartier du Panier, qui sont pratiquement en voie de ruines et de s'effondrer. Vous demandez à Jean-Claude GAUDIN de faire face à ses responsabilités ?

JULIEN DENORMANDIE
Déjà je dis que personne ne peut comprendre qu'il y ait des logements vacants quand il y a des personnes qui cherchent à se reloger.

MARC FAUVELLE
Là, ce sont des logements insalubres. Heureusement qu'on a mis personne dedans. Ce qui est étonnant, c'est qu'ils appartiennent à la ville.

JULIEN DENORMANDIE
Je vais vous donner un exemple. Au lendemain de ce drame de Marseille, j'ai demandé aux services de l'Etat est-ce que l'Etat était propriétaire de logement sur la ville de Marseille. Et par exemple, les Marseillais la connaissent bien, il y a une caserne qui s'appelle la caserne du Muy. On s'est rendu compte qu'il y avait quelques dizaines de logements, on les a réhabilités. Ça prenait du temps de les réhabiliter pour pouvoir les réallouer à des sinistrés de la rue d'Aubagne. Les Marseillais lors d'un de mes premiers déplacements m'ont dit : « vous savez à Marseille il y a une rue, c'est la rue de la République. Rue de la République, on en est convaincu, il y a plein de logements vacants. » J'ai pris moi mon téléphone pour appeler les grands propriétaires, des foncières qui disposent de ces logements et je les ai convaincus de remettre plus d'une centaine de logements à destination des Marseillais meurtris.

MARC FAUVELLE
C'est vraiment le boulot d'un ministre ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, le boulot d'un ministre, c'est d'être aux côtés des Français. Quand les choses ne vont pas assez vite…

MARC FAUVELLE
Evidemment, c'est votre travail dans le sens où il faut faire avancer les choses.

JULIEN DENORMANDIE
Oui. Mais à la fin des fins…

MARC FAUVELLE
Mais qu'il ait fallu attendre Aubagne et que vous décrochiez votre téléphone pour qu'on trouve qu'il y a des logements vides dans une ville qui souffre du mal logement…

JULIEN DENORMANDIE
A la fin des fins, si ça permet de faire avancer les choses… Vous savez, moi je ne me résigne jamais devant la tâche. Si à la fin des fins ça permet de faire avancer les choses qu'un ministre mouille autant la chemise, je pense que c'est mon rôle. Maintenant, encore une fois, vous savez, derrière les municipalités, vous avez des centaines d'agents municipaux que ce soit à la mairie de Marseille ou à la métropole qui eux aussi mouillent beaucoup, beaucoup la chemise.

MARC FAUVELLE
Evidemment. Est-ce qu'il faut aujourd'hui mettre en place une police unique en France pour traquer les logements indignes ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors il faut traquer, et c'est d'ailleurs mon principal ennemi, ces marchands de sommeil. Les marchands de sommeil, c'est quelque chose qui est inacceptable dans notre pays. Ce sont des personnes qui louent des biens complètement insalubres à des personnes en détresse.

MARC FAUVELLE
Précaires ou parfois sans-papiers qui donc ne peuvent pas aller porter plainte gentiment à la gendarmerie ou au commissariat, sinon on les renvoie chez eux.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Qui sont sous l'emprise en plus de ces marchands de sommeil. Ces marchands de sommeil, ces escrocs jouent sur cette détresse totale, et donc moi j'en ai fait mon ennemi public numéro de ces marchands de sommeil. Et comment on a fait ? On a changé la loi. Par la loi aujourd'hui, ces marchands de sommeil on les considère comme des trafiquants de drogue. C'est-à-dire qu'on va aller taper là où ça fait mal pour eux, c'est-à-dire dans leur portefeuille. On va aller leur prendre l'argent qu'ils volent à ces personnes en détresse. Et puis deuxièmement, quand vous déclarez la guerre à quelqu'un il faut aller traquer cet ennemi. Par la loi, j'ai fait en sorte que tous les agents de l'immobilier, les agences immobilières, les syndics aient l'obligation de dénoncer les marchands de sommeil qu'ils connaissent. Parce que tout se sait dans un…

MARC FAUVELLE
Ça fonctionne ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
On a aujourd'hui des premières décisions de justice qui ont été prises depuis que la loi a été promulguée, des premières décisions de justice qui vont dans ce sens. C'est-à-dire des sanctions très sévères parce que le principe, il est assez simple : il faut stopper cette impunité qui est le sentiment qui prédomine chez ces marchands de sommeil et aujourd'hui ça marche. Et le deuxième élément très important, c'est d'accompagner les Français qui subissent ces pressions-là. Et donc on a créé une plateforme, le 0806 706 806, et je dis à tous les Français qui sont sous l'emprise de ces marchands de sommeil : « on est là pour vous aider. »

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut appeler anonymement ?

JULIEN DENORMANDIE
Bien sûr. C'est des spécialistes qui sont derrière. On l'a lancé il y a un mois. En un mois, on a eu plus de deux mille appels - plus de deux mille - pour justement accompagner les Français face à cette détresse. Parce que moi ces marchands de sommeil, je leur déclare cette guerre pour faire en sorte qu'ils cessent cette activité insupportable.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Julien DENORMANDIE, est-ce que la meilleure réponse ou la meilleure contre-attaque face à ces marchands de sommeil ce n'est pas plus de construction en France ? Il y a deux millions de demandeurs de logements sociaux, seulement cinq cent mille sont attribués chaque année. Vous aviez quand vous avez pris votre ministère parlé d'une politique de choc, un choc de l'offre. Ça a fait un peu de pschitt, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez raison. Sur le fait que les marchands de sommeil, ils arrivent à tenir les personnes en disant : « mais toute manière… »

MARC FAUVELLE
« Vous ne trouverez pas mieux ailleurs. »

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Et donc il faut en parallèle de ça renforcer dans les territoires tendus notamment, pas que mais notamment, cette construction et notamment la construction de logements adaptés c'est-à-dire à très bas coût. On a passé une loi pour accélérer ces constructions. Cette loi, elle a maintenant huit mois. On l'applique aujourd'hui de manière acharnée pour faire en sorte de relancer la machine dans des territoires où la machine ne va pas assez vite. Donc je ne me cache nullement derrière un quelconque résultat, au contraire. Je dis : « ces résultats ils m'imposent, ils m'obligent à avancer encore plus vite dans ces réformes pour faire en sorte que la construction soit à la hauteur justement des défis auxquels nous devons faire face aujourd'hui. » (…)

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, les APL, qui permettent à des millions de Français de payer un peu moins cher leur loyer, avaient baissé, tout le monde s'en souvient, au début du quinquennat, de 5 euros, qu'en sera-t-il cette année, en 2019, et l'an prochain, en 2020 ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai déjà eu l'occasion de le dire, je pense que cette baisse de 5 euros était une erreur, parce que ça ne reflète pas la façon qu'on a de faire de la politique, c'est-à-dire de faire en sorte que ce soit toujours des réformes de structure et pas des réformes paramétriques. Aujourd'hui on a lancé un chantier très important sur les APL, qui est le chantier des APL en temps réel…

MARC FAUVELLE
Comme pour l'impôt à la source.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

MARC FAUVELLE
En fonction des revenus de l'année en cours et pas deux années auparavant. Je reviens juste à ma question avant de venir à ça, parce que c'est important…

JULIEN DENORMANDIE
Ça veut dire qu'il n'y aura pas de nouvelle baisse…

MARC FAUVELLE
Il n'y aura plus de baisse en 2020, en 2021, 2022, c'est terminé ?

JULIEN DENORMANDIE
Il faut être très précis, n'y aura plus de baisse paramétrique comme celles que nous avions…

MARC FAUVELLE
Pardon, paramétrique, personne ne comprend ce que ça veut dire.

JULIEN DENORMANDIE
C'est-à-dire une baisse bête et méchante de 5 euros, comme cela avait été le cas il y a deux ans.

MARC FAUVELLE
Et les APL seront réévaluées en fonction de l'inflation ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Aujourd'hui elles augmentent de 0,3% par an, c'est tout un débat qui a eu lieu…

MARC FAUVELLE
C'est moins que l'inflation.

JULIEN DENORMANDIE
C'est moins que l'inflation, mais la décision qu'on a prise c'est de les réévaluer de 0,3 % par an.

MARC FAUVELLE
Donc elles baissent.

JULIEN DENORMANDIE
Elles augmentent de 0,3% par an.

MARC FAUVELLE
… Que le coût de la vie.

JULIEN DENORMANDIE
Ce qu'il faut bien comprendre c'est que votre question, est-ce que ça augmente ou est-ce que ça baisse, les APL en fait, chaque année vous avez entre 1 à 2 million de personnes qui voient son montant varier, parce que sa situation à évoluer, parce que ses revenus ont évolué. Et aujourd'hui, quelle est la réforme que nous faisons, c'est une réforme qui vise à faire les APL en temps réel. Concrètement ça veut dire que, désormais, à partir de janvier, on va calculer le niveau d'APL en fonction de ce que vous gagnez durant les 12 derniers mois, et pas en fonction de ce que vous avez gagné il y a 2 ans. Personnes ne peut comprendre qu'on donne un niveau d'APL en fonction de votre situation d'il y a 2 ans, personne, c'est même aberrant. Prenons une femme qui, il y a 2 ans, avait un travail à temps plein, était en couple, et qui malheureusement aujourd'hui est à la tête d'une famille monoparentale et travaille à mi-temps, eh bien elle reçoit un niveau d'APL qui est inférieur à ce à quoi elle aurait droit.

MARC FAUVELLE
Mais prenons à l'inverse un étudiant qui vient de rentrer dans le marché du travail, il y aurait eu droit aujourd'hui, il n'y a plus droit avec la réforme.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais qu'une personne aujourd'hui, par exemple il y a 2 ans était au chômage, retrouve un emploi aujourd'hui, je crois que tout le monde comprend, là aussi, que le niveau d'APL il soit adapté en fonction de la situation réelle, et donc ça, cette réforme, APL en temps réel, elle rentre en oeuvre au début de l'année.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Au 1er janvier. D'un mot Julien DENORMANDIE, vous réfutez les projections des professionnels effectivement qui disent cette réforme va permettre à l'Etat d'économiser pratiquement 1 milliard d'euros par an ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne les réfute pas, et pourquoi ? Moi, vous savez, je n'ai jamais l'économie honteuse, jamais, et je crois que c'est très important, parce qu'on ne fait pas des économies pour se faire plaisir, on fait des économies parce que c'est important pour nous, pour les générations futures. Pourquoi là, ça fait faire une économie cette réforme ? Parce que depuis 2 ans il s'avère que vous avez 500.000 créations d'emplois et 300.000 chômeurs de moins, voilà. Alors, ça implique quoi ? Ça implique que des personnes qui effectivement ont retrouvé un emploi, aujourd'hui ont un salaire, alors qu'il y a 2 ans n'en n'avaient pas, eh bien effectivement leur niveau d'APL va être adapté. Mais inversement, imaginez que dans – je ne le souhaite évidemment pas – que dans quelques années vous ayez un retournement, un retournement économique, que vous ayez un chômage qui augmente au lieu de diminuer – évidemment je ne le souhaite absolument pas – eh bien…

JEAN-JEROME BERTOLUS
L'Etat suivra.

JULIEN DENORMANDIE
Dans ce cas-là, la réforme que je porte, n'est pas une réforme qui fait faire des économies, mais au contraire une réforme qui coûte, mais qui assure ce filet de sécurité. Bref, au final, je crois que toutes celles et ceux qui nous écoutent ne peuvent pas comprendre qu'on vous donne aujourd'hui une allocation en fonction de votre situation d'il y a 2 ans, mais je veux dire, chacun dans nos vies, souvenez-vous de votre situation il y a 2 ans, pour beaucoup elle a changé. Donc, je crois que c'est une mesure de bon sens, mais c'est une réforme qui est une réforme très lourde à porter, techniquement notamment.

MARC FAUVELLE
Pour les allocataires des APL, Julien DENORMANDIE, qui s'inquiéteraient à vos propos, en se disant « qu'est-ce qui se passe à partir de janvier, combien je vais toucher précisément », il y a un simulateur ou quelque chose qui va être mis en place dans les semaines ou les mois qui viennent, c'est dans 3 mois le 1er janvier ? Deux mois d'ailleurs.

JULIEN DENORMANDIE
Les caisses qui gèrent cela, notamment la CNAF, va adresser aux allocataires un courrier dès la semaine prochaine, et il y aura un simulateur qui sera mis en place un peu après, pour pouvoir justement accompagner les Français dans cette réforme. Il y a 6,5 millions de Français qui aujourd'hui touchent les APL, qui sont pour moi un élément important, parce que c'est quelque chose qui vous permet de supporter la charge de loyer, qui parfois est évidemment trop importante dans notre pays.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Pour terminer, deux petites questions sur les municipales, puisqu'on parle logement. Est-ce que Jean-Louis BORLOO, l'ancien ministre de la Ville, ferait un bon candidat de la majorité à Paris ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi je crois surtout que nous avons un très bon candidat aujourd'hui qui est Benjamin GRIVEAUX…

JEAN-JEROME BERTOLUS
La suggestion de François BAYROU c'est non.

JULIEN DENORMANDIE
Mais j'apprécie énormément Jean-Louis BORLOO, que je vois très très régulièrement, mais je vous le dis très clairement, nous avons un et un seul candidat à Paris, c'est Benjamin GRIVEAUX.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et vous-même Julien DENORMANDIE ? Est-ce que vous feriez un bon candidat pour la majorité à Marseille ?

JULIEN DENORMANDIE
Ecoutez, je suis très touché que vous me posiez la question, parce que, par rapport à ce qui a été dit avant, je crois que ça montre que, effectivement, quand vous mouillez la chemise, les personnes se disent « ah ben dis donc, il y a vraiment des gens qui suivent le dossier. » Aujourd'hui moi je n'ai pris aucune décision quant aux municipales, mais ça ne sera pas sur une ville comme Marseille, je pense qu'il faut que ce soit des villes sur lesquelles vous avez vos attaches de vie, parce que vous y avez grandi, parce que vous y avez vécu, ou parce que vous y vivez aujourd'hui. Donc, moi je vais m'investir beaucoup en tant que ministre de la Ville, et responsable politique à En Marche, dans cette campagne municipale, je n'ai pas pris ma décision encore…

MARC FAUVELLE
Ça ne sera pas à Marseille donc !

JULIEN DENORMANDIE
De savoir si j'irai ou pas, je la prendrai d'ici la fin de l'année, mais ça ne sera pas dans cette belle ville de Marseille, même si je soutiendrai profondément La République en marche dans cette belle ville de Marseille.

MARC FAUVELLE
Il va falloir trouver un candidat d'ici là quand même, à Marseille. Merci beaucoup.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

MARC FAUVELLE
Julien DENORMANDIE, ministre de la Ville et du Logement, invité ce matin de Franceinfo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 octobre 2019